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C’est Dorothée qui eut l’idée d’initier un projet où les gens proposeraient un objet muséable, un objet qui reflèterait l’individualité de cette personne et sur lequel des participant.es pourraient rebondir, discuter, partager... Il y aurait alors le petit musée d’Hochelaga, le petit musée de Saint-Léonard, etc. Qui sait, peut-être même partout à travers le Canada, jusqu’en Belgique, en Nouvelle-Calédonie, des discussions pourraient s’animer grâce à nos médiatrices en ligne et même en personne à bord de la mobile!

Le projet s’est ensuite développé en équipe où nous avons pu établir les barèmes et toute la marche de manoeuvre de celui-ci. C’est ici donc que je vous parle de ce beau projet et que je vous invite à participer en grand nombre.

Possédez-vous un objet que vous pourriez léguer à un musée? Un objet qui a du sens pour vous ou qui vous est cher? Que ce soit un souvenir d’enfance ou de voyage, un objet inusité ou qui touche votre sensibilité, nous souhaitons créer une collection d’images inspirantes et de récits qui deviendront prétexte de discussions et de rencontres.

Toutes les personnes intéressées sont les bienvenues à participer et ce, sans limite d’âge. Nous encourageons fortement la participation des personnes nouvellement arrivantes; nous cherchons à faire rayonner une diversité de parcours, de récits, de profils. Invitez vos amie.s, allez à la rencontre de vos ainé.es, questionnez les tout petits, tendez le micro à un.e inconnu.e!

Nous avons tous.tes une histoire digne d’être racontée. Musée de Quartiers a pour objectif de créer des liens interculturels et intergénérationnels au travers des récits personnels partagés de façon spontanée.

Pour participer, envoyez-nous votre image, son récit, le quartier auquel vous vous identifiez et une courte présentation de vous-même. Les images seront affichées sur les réseaux sociaux et des conversations seront animées par des médiatrices en personne et virtuellement.

J’en profite aussi pour ouvrir le bal en vous présentant l’objet que j’ai choisi:

Mon nom est Maude et je suis une fière habitante du quartier Centre-Sud à Montréal! Si j’avais à léguer un objet à un musée, ce serait cette petite matrice qui, à première vue, ne semble être qu’un morceau de plastique. Mais cet objet est pour moi porté par de nombreux souvenirs et chargé d’émotions.

C’était en 2015, dans la ville d’Holguín, à Cuba. Cette matrice n’est pas le travail d’une professionnelle, mais bien celui d’une étudiante de 19 ans qui commence tout juste son parcours en arts visuels et qui souhaite se découvrir. Une matrice, en gravure et en technique d’imprimerie, est une planche, dans ce cas-ci de plexiglass, gravée, qui est ensuite utilisée directement pour l'impression d'une estampe et qui permet la reproduction de celle-ci.

Durant ce voyage scolaire avec notre enseignante Marie Louise Pépin, nous assistons à un cours donné par Ernesto Blanco, professeur et artiste cubain de l’Academia de Artes Plasticas El Alba. Nous avions apporté nos propres plaques de plexiglass, mais Ernesto nous montre des gravures faites avec toutes sortes d’outils sur des matériaux variés, comme des disques compacts. Sur la matrice, j’y ai gravé une Buick des années ’50. Les anciennes voitures américaines de ces années sont communes à Cuba, surtout pour les chauffeurs de taxi, et sont un peu devenues un emblème du pays, phénomène unique au monde.

Ce voyage est pour moi le début d’un amour pour un pays, une culture, une langue, un peuple et un avant-goût d’une envie de voyager qui se développera. Cette matrice me rappelle un bon moment passé avec mes ami.es, mais marque aussi le début de mon parcours professionnel, en plus d’être une époque importante pour ma croissance personnelle.

Et vous, quel objet possédez-vous vous parle, vous rappelle un moment important, un voyage, une amitié? Prenez-le en photo et envoyez-le à l’adresse [email protected]! Il peut s’agir de n’importe quoi: une boite de thé, un parapluie vintage, votre premier cadeau de fête des mères, un jouet de votre enfance, un timbre rare… Tous les objets sont valables, si leur histoire est significative pour vous, ou pour la communauté.

Les photos seront publiées progressivement à travers un groupe facebook ouvert et possiblement sur instagram. Bien que nous encourageons les participant.e.s à se dévoiler, pour créer des liens et se découvrir, il est possible de garder l’anonymat. Nous acceptons également les témoignages audio et vidéo autour des objets et aussi dans toutes autres langues que le français! Nous ferons de notre mieux pour traduire vos récits, à l’aide de notre réseau.

Pour prendre votre photo, installez-vous avec votre téléphone ou votre caméra idéalement à l’extérieur ou près d'une fenêtre, le jour (sur le bacon, dans un parc...) Évitez de vous placer face au soleil ou à la lumière (à contre-jour). Faites un gros plan de l’objet et prenez plusieurs photos pour pouvoir choisir la meilleure.

Alors, partagez sur les réseaux sociaux, parlez en autour de vous, allez recueillir des témoignages auprès de celles et ceux qui n’oseront pas ou ne pourront le faire seul.es. Nous avons hâte de voir vos objets et de lire leurs histoires!

par / by Maude Blanchet Léger

 

Le mercredi 5 août, j’ai été invitée à me joindre à un atelier de photo dans le quartier Côte-des-Neiges avec Ducakis et Thierry, deux de nos médiateurs. Le projet a été initié par Ducakis il y a un an et à pour but de faire découvrir la photo aux participant.es et de leur permettre de se (ré)approprier leur quartier à travers ce médium artistique. 

La photographie est l’un des médiums que je préfère. Je fais beaucoup de photo depuis l’âge de 15 ans et j’ai développé ma pratique durant mon bac en arts visuels, alors j’étais vraiment excitée de pouvoir partager l’une de mes passions avec des jeunes.

Baobab familial est un organisme qui favorise l'entraide, l'échange et le sentiment d'appartenance à son milieu en accueillant et en soutenant les familles dans leur quotidien. J’apprends aussi que le public sera ado, mais nous ne savons pas combien participeront aujourd’hui. Ne sachant pas non plus le niveau de connaissance des jeunes sur la photographie, je leur ai préparé une feuille aide-mémoire démontrant quelques exemples de compositions, de cadrages et d’angles de vue.

Avant de partir avec la mobile, j’imprime quatre copies de l’aide-mémoire, parce que nous apprenons finalement qu’ils seront probablement quatre à participer. Nous regroupons cinq caméras, s'assurons qu’elles ont toutes des cartes mémoires et des batteries pleines, et hop, on les désinfecte dans la van sur le chemin, direction parc Martin Luther-King.

Au parc, on trouve les intervenantes de Baobab, Anne-Marie et Andréanne, à une table à picnic et on se présente. Elles nous disent qu’ils seront finalement plus nombreux, que plusieurs arriveront plus tard, et on se dit qu’ils pourront se mettre en équipe de deux ou utiliser leur cellulaire au besoin pour prendre des photos.

Une fois quatre des jeunes arrivés, Ducakis leur explique l’atelier. L’un d’entres eux, Marc*, se tient plus à l’écart et Thierry lui parle, afin de l’inclure et de tenter de le faire s’approcher. On se couvre en dessous d’un toit puisqu’il se met à pleuvoir très fort et après mon cours express sur les compositions, la pluie s’arrête. On distribue alors les caméras et on passe quelques minutes à voir les fonctionnements techniques des appareils, comme ils sont tous différents. Je leur fais savoir aussi qu’en photo, il ne faut pas avoir peur de bouger, de se déplacer, de pointer son objectif en haut, en bas, de côté, etc. La photo, c’est du sport!

Avant de débuter le trajet, nous demandons aux jeunes ce qu’ils voudraient prendre en photo, où ce qu’ils aiment et n’aiment pas dans leur quartier et de nommer des endroits de leur quotidien par exemple, afin de déterminer quel trajet nous allons emprunter. Marc parle du centre sportif et du dépanneur au coin de sa rue, une jeune mentionne la bibliothèque et le parc, une autre le Tim Hortons et Thierry aimerait aller prendre des photos dans la Plaza (parce que s’il avait à tourner un film de zombies, c’est l’endroit qu’il choisirait).

 

En commençant à marcher, une cinquième jeune s’ajoute au groupe et Anne-Marie lui prête son appareil photo. On se dirige vers la bibliothèque avant d’entrer dans la Plaza et sur le chemin, deux autres jeunes nous croisent et traversent la rue pour nous rejoindre. Ils se mettent en équipe de deux pour prendre des photos avec le cinquième appareil.

Marc, qui était le plus gêné au début, me pose maintenant plein des questions sur comment réaliser par exemple une composition avec des diagonales et je lui explique un peu plus en référant les lignes, l’architecture et les fenêtres du bâtiment de la bibliothèque. Je lui propose aussi d’essayer la composition en espaces négatifs, en laissant du vide afin de laisser respirer son image. Il tente le coup en cadrant les feux de circulation tout en laissant du vide (le ciel) autour. Il est vraiment investi dans la démarche et me demande souvent mon avis sur ses photos.

Après quelques prises de vue sur le Chemin de la Côte-des-Neiges, nous décidons d’entrer dans la Plaza. En plus de déjà ressembler à un centre commercial de film de zombies, tout est en construction, ce qui ajoute au caractère d’étrangeté.

 

 

Durant l’atelier, un petit trio se forme et trois des filles se suivent partout. Elles entrent dans un magasin de vêtements où tout est très coloré et elles y restent un bon moment.

On continue notre chemin et les jeunes s’éparpillent un peu, tous.tes interpellés par des éléments distincts. Certain.es vont prendre des photos du plafond vitré, d’autres de l’escalier mobile, des drôles de lampadaires, ou encore de toutes sortes de bidules se trouvant dans les vitrines des magasins.

La batterie de l’appareil de Mélodie* se vide, mais heureusement Ducakis était allé acheter des caméras jetables à la pharmacie. Jasmine* décide elle aussi de continuer avec la caméra jetable, mais attention, elles n’ont que 27 prises! Je leur conseille donc de bien réfléchir à ce qu’elles décident de capter et de prendre plus leur temps pour se positionner qu’avec une caméra digitale.

Après avoir fait le tour, on sort de l’autre côté du centre pour arriver dans le stationnement, qui est pratiquement vide et on s’amuse tous.tes à le photographier de différents angles. Avant même de sortir du stationnement, Mélodie avait déjà utilisé toutes ses prises!

 

 

 

On continue le circuit sur la rue Légaré pour rencontrer plusieurs autres sujets qui piquent l’attention des jeunes, comme des graffitis et un peu plus loin, des plantes et des abeilles qui bourdonnent. Je reste un moment avec elles et les abeilles pendant que l’autre moitié du groupe marche plus loin devant nous, tournant à droite sur l’Avenue de Courtai.

 

 

 

Dès que l’on tourne, on se retrouve immédiatement dans un coin plus industriel, rempli de garages, de machines, de vieux pneus… C’est une toute autre scène et tout le monde est attiré à gauche et à droite par différents détails.

 

 

L’une des jeunes, Natacha*, est plus solitaire et tranquille, mais je la trouve tout autant investie et intéressée que les autres, n’hésitant pas à se déplacer partout et à se laisser porter par ce qui attire son attention. 

 

 

Passé ce voisinage plus industriel, nous arrivons devant la société bouddhiste Quan-Am et des bâtiments en construction. Marc s'exclame ah je ne savais pas qu’il y avait un temple ici! et il place son objectif entre les barreaux de la porte pour pouvoir photographier les lieux.

 

 

Un peu plus loin sur la même rue, nous croisons une bâtisse un peu vieille, toute bleue, remplie de graffitis, où il est signé MDJ CDN (Maison des jeunes Côte-des-Neiges). On s'arrête pour la prendre en photo. Marc vient vers moi et me demande comment je trouve sa photo: on y voit un graffiti d’un homme en noir et blanc, qui semble prier, avec des rayons tout autour de lui. Je lui réponds que c’est un bon choix dans ce cas-ci d’avoir choisi de faire une composition centrée! Il semble satisfait et continue de marcher.

 

 

Au bout de la rue, nous arrivons devant un grand mur qui cache le boulevard et puis de l’autre côté, en face de ce mur, un bloc d’appartements recouvert lui aussi de graffitis. Certain.es le photographient du travers de la rue, d’autres se rapprochent des fenêtres et Thierry et Anne-Marie placent leur caméra entre les trous du mur pour capturer le boulevard de l’autre côté.

 

 

En revenant vers le parc, nous croisons d’autres éléments intéressants que j’ai pu remarquer, comme une bâtisse en construction couverte de mousse jaune, une vieille affiche de commerce... Sur le trottoir, une fruiterie présentent des bananes, des oranges, des oignons, etc. et Marc s’arrêtent pour les photographier; je fait de même, trouvant que c’est une belle observation de sa part.

À la fin du circuit, nous leur réservons une surprise: on termine ça autour d’une crème glacée que nous mangeons sur les bancs du parc! Nous revenons ensuite sur l’atelier, pour savoir ce qu’ils ont aimé et ce qu’ils ont découvert de leur quartier. Natacha dit réaliser qu’elle connaît en fait très bien son quartier. D’autres ont découvert par exemple le temple bouddhiste, ou encore les graffitis sur cette rue. Personnellement, j’ai beaucoup aimé aller dans la Plaza et dans le coin plus industriel. Nous avons constaté aussi que nous n’étions pas nécessairement allés aux endroits énumérés au début, car nous nous sommes plutôt laissé emporter par le moment, par ce que nous avions tout simplement envie de photographier.

Andréanne leur demande ensuite qui s’est découvert une passion pour la photo? et Marc et Mélodie lèvent la main, avec le sourire. Vers la fin du circuit, Marc a d’ailleurs dit à Thierry «J’espère qu’après l’atelier, je vais pouvoir devenir photographe professionnel.»

Pour terminer, nous avons réfléchis avec les jeunes sur l’atelier. Je leur fais remarquer que la photo nous force à regarder d’un oeil différent notre quartier et tout ce qui nous entoure. Plusieurs acquiescent. Je pense que la photo nous permet aussi de voir la beauté dans tout; en observant on la découvre partout. Nous cherchons aussi à savoir ce qui intéresserait les jeunes pour la suite de l’atelier. Allons-nous faire un séance de sélection de nos meilleures photos? Créer une exposition ou peut-être recueillir toutes les photos sous forme d’un livre? Plusieurs semblent aimer l’idée du livre. À la prochaine sortie photo en tout cas, ça se passera en famille!

 

*Tous les noms sont fictifs et ont été changés afin de conserver l'anonymat des participant.es.

 

 

ENGLISH

 

On Wednesday August 5, I was invited to join a photo workshop in Côte-des-Neiges with Ducakis and Thierry, two of our mediators. The project was initiated by Ducakis a year ago and the goal is to introduce photography to participants and allow them to (re)appropriate their neighborhood through this artistic medium.

Photography is one of my favorite mediums. I've been doing a lot of photography since I was 15 and developed my practice during my bachelor's degree in visual arts, so I was really excited to be able to share one of my passions with teenagers.

Baobab familial is an organization that promotes mutual aid, exchange and the feeling of belonging to its environment by welcoming and supporting families in their daily lives. I'm also hearing the audience will be teenagers, but we don't know how many will participate today. Not knowing their level of knowledge on photography either, I prepared a memory sheet for them showing some examples of compositions, framing and angles of view.

Before leaving with the van, I print four copies of the cheat sheet, because we eventually learn that there will probably be four to participate. We put together five cameras, make sure they all have memory cards and full batteries and we disinfect them in the van on the way, towards Martin Luther-King Park.

At the park, we find the Baobab social workers, Anne-Marie and Andréanne, at a picnic table and we introduce ourselves. They tell us that they will eventually be more numerous, that more will arrive later, and we tell ourselves that they can team up in pairs or use their cellphones to take pictures if necessary.

When four of the participants arrive, Ducakis explains the workshop. One of them, Marc*, was standing further back and Thierry speaks to him, trying to get him to sit closer. We cover ourselves under a roof since it starts to rain intensely and after my quick lesson on the compositions, the rain stops. We then distribute the cameras and spend a few minutes seeing the technical functioning of the devices, as they are all different. I also let them know that in photography, you shouldn't be afraid to move around, to point your lens up, down, to the side, etc. Photography is sport!

Before starting the journey, we ask everyone what they would like to take a picture of, what they like and dislike in their neighborhood and to name places of their daily life, for example, in order to determine which route we are going to take. Marc talks about the sports center and the convenience store at the corner of his street, someone mentions the library and the park, another the Tim Hortons and Thierry would like to go take pictures in the Plaza (because if he had to shoot a zombie movie, it would be his place of choice).

As we begin to walk, a fifth person joins the group and Anne-Marie lends her her camera. We walk towards the library before entering the Plaza and on the way, two other participants see us and cross the street to join us. They team up in pairs to take pictures with the fifth camera.

 

 

Marc, who was the most shy at the beginning, now asks me lots of questions about how to make a composition with diagonals, for example, and I explain a little more to him by referring to the lines, the architecture and the windows of the library building. I also suggest that he tries the composition in negative spaces, leaving room to breathe in the image. He tries it by framing the traffic lights while leaving negative space (the sky) around. He is really invested in the process and often asks me my opinion on his photos.

After a few shots on the Chemin de la Côte-des-Neiges, we decide to enter the Plaza. Besides already looking like a zombie movie mall, everything is under construction, which adds to the eeriness.

During the workshop, a trio is forming and three of the girls follow each other everywhere. They walk into a clothing store where everything is very colorful and they stay there for a while.

We continue our walk and the participants are scattered a bit, each of them attracted by different things. Some will take pictures of the glass ceiling, others of the mechanical stairs, the funny lampposts, or even all kinds of gadgets in store displays.

The battery of Mélodie's* camera is empty, but luckily Ducakis had bought disposable cameras at the pharmacy. Jasmine* also decides to continue with the disposable camera, but be careful, they only have 27 takes! I therefore advise them to think carefully about what they decide to capture and to take more time to position themselves than with a digital camera.

After going around, we exit on the other side of the center into the parking lot, which is practically empty and we all have fun photographing it from different angles. Before even leaving the parking lot, Mélodie had already used all of her shots!

 

 

We continue the circuit on Légaré Street to meet several other subjects that grab the attention of the teens, such as graffitis and, a little further, plants and buzzing bees. I stay with them and the bees for a little while the other half of the group walks further ahead, turning right onto Courtai Avenue.

As soon as we turn, we immediately find ourselves in a more industrial sector, filled with garages, machines, old tires... It's a whole different scene and everyone is drawn left and right by different details.

One of the participants, Natacha*, is more solitary and quiet, but I find her just as invested and interested as the others, not hesitating to move around and let herself be carried away by what catches her attention.

 

 

After this more industrial neighborhood, we come to the Quan-Am Buddhist society and buildings under construction. Marc exclaims ah I didn't know there was a temple here! and he places his lens between the fence to be able to photograph the entrance.

A little further on the same street, we come across an older building, all blue, filled with graffiti, where it is signed MDJ CDN (Maison des jeunes Côte-des-Neiges). We stop to take pictures and Marc comes up to me and asks me how I find his photo: it shows graffiti of a man in black and white, who seems to be praying, with rays all around him. I tell him that it is a good choice in this case to have chosen a centered composition!

 

At the end of the street, we come to a large wall that hides the boulevard and then in front of this wall, an apartment block also covered in graffiti. Some photograph it from across the street, others move closer to the windows and Thierry and Anne-Marie place their cameras between the holes of the wall to capture the boulevard on the other side.

 

 

Coming back to the park, we come across other interesting elements that I noticed, such as a building under construction covered with yellow moss, an old commercial poster... On the sidewalk, a fruit store presents bananas, oranges, onions, etc. and Marc stops to photograph them; I do the same, thinking it is a nice observation from him.

At the end of the walk, we have a surprise in store for them: it ends with an ice cream that we eat on the park benches! We talk about the workshop to find out what they liked and what they discovered about their neighborhood. Natacha says she realizes that she actually knows her neighborhood very well. Others have discovered the Buddhist temple, for example, or the graffitis on this street. Personally, I really enjoyed going to the Plaza and to the industrial area. We also found that we did not necessarily go to the places listed at the beginning, because we rather let ourselves be carried away by the moment, by what we just wanted to photograph.

Andréanne then asks them who discovered a passion for photography? and Marc and Mélodie raise their hands, with a smile. Besides, towards the end of the tour, Marc said to Thierry, "I hope that after the workshop, I can become a professional photographer."

Finally, we reflected on the workshop with the participants. I point out to them that photography forces us to look at our neighborhood and at everything around us differently. Several of them nod in agreement. I think photography also allows us to see the beauty in everything; by looking we find it everywhere. We are also trying to find out what would interest them for the rest of the workshop. Are we going to do a selection of our best photos? Create an exhibit or maybe collect all the photos to form a book? Many seem to like the idea of the book. At the next photo workshop anyway, it will be with the entire family!

 

*Names are all fictional and have been changed to keep anonymity of the participants.

@Maude Blanchet-Léger

Par / by Maude Blanchet-Léger

| ENGLISH VERSION |

 

Le vendredi 31 juillet, j’arrive vers 11h45 au bureau et je monte rejoindre Thierry, avec qui j’étais heureuse de passer l’après-midi, puisque le dernier atelier à boulot vers auquel j’ai assisté avec lui s’était très bien déroulé. Il m’explique l’idée d’activité qu’il a eue; nous pourrions découper des carrés de toile sur lesquels les personnes écriraient d’un côté un problème que nous avons dans la société et de l’autre côté, une solution à ce problème. Nous accrocherions ensuite les deux morceaux de canvas sur les branches d’un arbre qui se retrouve dans leur milieu de vie, décorant ainsi leur environnement de manière éphémère. Cool!  On découpe la toile et on rassemble tout le matériel pour se rendre à la van. Avant d’aller au parc, on fait un arrêt au supermarché afin d’acheter de la corde et plus de crayons et voilà, nous sommes prêt.es!

En arrivant au Parc Martin Luther-King, je réalise que nous ne manquerons probablement pas de participant.es. Je connais très peu le quartier et je suis un peu déconcertée de voir autant de personnes en situation d’itinérance. 

Il fait nuageux avec des percées de soleil; c’est la température parfaite pour un atelier à l’extérieur. Nous commençons à sortir le matériel de la van et une personne vient nous parler.  Elle nous demande si on a de la nourriture, non, mais on organise un atelier, on lui donne une bouteille d’eau et un masque. Elle nous demande ce que nous faisons et on lui explique qu’on vient réfléchir avec les gens et on lui parle de l’atelier. Elle nous conseille de ne pas rester de ce côté du parc, parce que c’est trop triste de voir tout ça et elle nous suggère d’aller de l’autre côté où c’est plus familial. Thierry lui répond que nous allons tout de même commencer ici, essayer de ce côté d’abord, parce que nous croyons que ces personnes ont aussi des choses importantes à dire.

Nous installons la table et je fais la pancarte L’arbre des solutions et une van de bouffe arrive: tout le monde se sert. Une fois installé.es, un homme vient tout de suite vers nous et nous raconte un peu sa vie et fait des blagues. Il a vécu dans plusieurs pays et il est d’origine thaïlandaise. Il dit « moi pas québécois, moé québécoué » en se frappant sur le torse et en riant et on rit avec lui. Son autre blague préférée c’est qu’ici, le loyer est gratuit. Thierry et moi lui expliquons l’atelier, mais il a un sursaut et recule lorsqu’on lui propose d’écrire quelque chose. Il ne doit pas avoir l’habitude de se faire demander son avis et même s’il a pourtant beaucoup de choses à dire, il ne veut pas participer. Il nous accompagne tout de même tout au long de notre présence dans le parc.

Juste en face du parc se trouve une cafétéria communautaire. Une femme qui y travaille vient nous jaser, elle connait pas mal de gens ici. Un autre homme, Bruno*, connait déjà Exeko et il se souvient de Dukakis qui était venu la semaine passée. Il veut participer à l’atelier, mais demande à Thierry d’écrire ses idées pour lui. Il exprime que selon lui, le problème ici (en faisant un geste de main vers tout le parc) c’est qu’il y a trop de crack, mais que la police ne prend pas les bonnes actions et pénalisent les gens au lieu d’aller à la source du problème.

Bruno nous dit aussi que les autorités ont interdit l’accès aux salles de bain du parc à cause de la pandémie, donc les personnes vivant dans le parc n’ont nul part d’autre où aller que dans le jeu d’eau pour enfants afin de se laver. Il suggère donc de rendre accessible plus d’installations de besoins de base pour les personnes sans-abris.

Une autre personne souhaite participer; elle amène des crayons et s’installe sur l’herbe pour écrire à côté de son fils qui mange du mcdo. Elle écrit que les enfants et les familles ne se sentent pas les bienvenus dans certaines parties du parc et qu’il faudrait faire de ce parc un endroit pour tout le monde. Elle demande ensuite à Thierry d’accrocher sa création dans l’arbre pour elle.

                

Pendant ce temps, les bouteilles d’eau partent vite et l’arbre est maintenant bien décoré. En partant, Bruno nous remercie avec un grand sourire et nous demande si on va revenir bientôt. Pendant que nous rangeons le matériel dans la van, un jeune homme s’arrête pour nous demander ce que nous faisons et qu’elle est notre mission. Il s’implique dans la cafétéria d’en face et souhaiterait faire plus bénévolat. Il semble vraiment intéressé et nous dit qu’il contactera Exeko. On roule direction métro Parc et en quittant, Bruno nous envoie des bisous de la main.

En arrivant au métro Parc, je remarque un rassemblement de gens, plus nombreux cette fois. Les bouteilles d’eau et les masques partent encore plus vite, mais quelques personnes restent pour nous parler. 

Un homme se prononce sur la crise du logement et de sa difficulté à trouver quoique ce soit d’abordable et de salubre. Thierry propose donc d’écrire que la solution serait de bâtir plus de logements sociaux et l’homme est d’accord avec cette idée. Il nous parle aussi d’un événement récent où des gens occupaient l’espace sur le long de la rue Notre-Dame dans des tentes, faute de refuge. Le campement était toléré jusqu’à ce que tout le monde soit tassé par les autorités. Il suggère aux campeurs d’accrocher une banderole devant leur terrain afin de rendre leur geste et leur lutte plus explicite et de la légitimer. Thierry et moi trouvons que c’est une excellente idée!

Au même moment, je parle avec une autre personne qui arrive avec beaucoup d’enthousiasme. Lui, il veut de la bouffe pour tous! Il propose la création de plus de banques alimentaires et d’encourager les restaurants et les gens à moins gaspiller de nourriture et à donner plus aux banques. J’accroche par la suite ses idées dans l’arbre derrière nous.

                 

Puisque nous n’avions plus de bouteilles d’eau, que le soleil sortait et qu’il commençait à faire très chaud, je suis allée en acheter au supermarché à côté du métro.

En revenant, un homme s’approche timidement et nous le saluons. Une fois qu’il a su ce que nous faisions, il en avait beaucoup à dire. Il nous parle de la paix intérieure et de comment les gens ne sont pas à l’écoute des autres, mais aussi d’eux-même. À la fin de notre conversation, il nous remercie et avoue que ça lui a fait beaucoup de bien de se vider le coeur. Je tente de résumer ses pensées en deux phrases et je les accroche dans l’arbre.

Dix minutes plus tard, l’homme avec qui nous parlions de la crise du logement revient avec un article de journal de la veille sur l’événement en question. Il semble vraiment outré par l’expulsion du campement et nous sommes tous les trois d’accord qu’il s’agit d’une décision complètement illogique, car ces gens n’ont nul part d’autre où aller et leur situation est encore plus difficile depuis la pandémie. En faisant ceci, on ne fait que réprimer une fois de plus ceux et celles qui ont le plus besoin d’aide. Après une discussion d’une dizaine de minutes, il nous remercie et nous dit « lâchez pas, j’aime vraiment ça ce que vous faites. »

Il est temps de partir, alors on range le matériel et on désinfecte le tout une dernière fois. En marchant vers la van et sur le chemin du retour, Thierry et moi parlons des réactions des participant.es. Nous savons qu’au moins trois ont aimé notre atelier et nous ont directement remercié et plusieurs semblaient vraiment content.es de nous voir. J’espère que cette activité a pu leur apporter un moment de réflexion, mais aussi un petit temps de repos, voire de distraction dans leur journée.

 

*Les noms utilisés dans le texte sont fictifs et ont été changés pour préserver l’anonymat.

Toutes les photos de l'article sont l'oeuvre de l'autrice, Maude Blanchet Léger.

idAction mobile: The tree of solutions

On Friday, July 31, I arrive at around 11:45 am at the office and I go upstairs to join Thierry, with whom I was happy to spend the afternoon, since the last work workshop that I attended with him went very well. He explains to me the idea he had for today’s activity; we could cut out squares of canvas where people could write on one side a problem we have in our society and a solution to that problem on the other side. We would then hang the two pieces of canvas on the branches of a tree that is found in their living environment, thus decorating their living space in an ephemeral way. Cool! We cut the canvas and collect all the material to get to the van. Before heading to the park, we stop at the supermarket to buy some rope and more pencils and voila, we are ready!

Arriving at Martin Luther-King Park, I realize that we will probably not run out of participants. I don’t know anything about this neighborhood and I am a little surprised to see so many homeless people.

It is cloudy with bursts of sun; it’s the perfect temperature for an outdoor workshop. We start to take the equipment out of the van and right away someone comes to talk to us. She asks us if we have food, no, but we’re organizing a workshop, we give her a bottle of water and a mask. She asks us what we are doing and we explain to her that we are here to reflect on society with people and we talk to her about the workshop. She advises us not to stay on this side of the park, because it's too sad to see all of this and she suggests that we go to the other side where it's more family-friendly. Thierry tells her we're going to start here anyway, try this side first, because we think these people have important things to say too.

We set up the table and I put up the Tree of solutions sign and a food van arrives: everyone helps themselves. Once installed, a man comes immediately towards us and tells us a bit about his life and makes jokes. He has lived in several countries and is from Thailand. He says "moi pas québécois, moé québécoué", slapping himself on the chest and laughing and we laugh with him. His other favorite joke is that the rent here is free. Thierry and I explain the workshop to him, but he gasps and pulls back when asked if he wants to write something. He is probably not used to being asked for his opinion and although he does have a lot to say, he doesn't want to participate. Nonetheless, he stays with us throughout our presence in the park.

Right in front of the park is a community cafeteria. A woman who works there comes to talk to us, she seems to know a lot of people around here. Another man, Bruno*, already knows Exeko and he remembers Dukakis who came last week. He wants to participate in the workshop, but asks Thierry to write down his ideas for him. He expresses that according to him, the problem here (waving his hand towards the whole park) is that there is too much crack, but that the police do not take the right actions and penalizes the people instead of going to the root of the problem. Bruno also tells us that the authorities have banned access to the bathrooms in the park due to the pandemic, so the people who live in the park have nowhere else to go than in the water fountains made for children in order to wash themselves. He then suggests that we need to make more basic facilities accessible to homeless people.

Another person wishes to participate; she brings pencils and settles on the grass to write next to her son who is eating mcdonalds. She writes that children and families do not feel welcome in some areas of the park and that this park should be made a place for everyone. She then asks Thierry to hang her creation in the tree for her.

    

Meanwhile, the water bottles are almost all gone and the tree is now nicely decorated. Before leaving, Bruno thanks us with a big smile and asks us if we will be back soon. While we are packing the equipment into the van, a young man stops, wondering what we are doing and what our mission is. He is doing volunteering in the cafeteria across the street and would like to do more. He seems really interested and says that he will contact Exeko. We drive towards metro Parc and when leaving, Bruno blows us kisses.

When we get to the metro Parc, I notice a gathering of people, more numerous this time. The water bottles and masks run out even faster, but a few people stay to talk to us.

A man speaks out on the housing crisis and how it’s difficulty for him to find anything affordable and sanitary. Thierry therefore proposes to write that the solution would be to build more social housing and the man agrees with this idea. He also tells us about a recent event where people occupied the space along Notre-Dame Street in tents, because of a lack of shelter. The campement was tolerated until they were evacuated by the authorities. He suggests that the campers could hang a banner in front of their site in order to make their gesture and their situation more explicit and to legitimize it. Thierry and I think this is a great idea! As he leaves, he thanks us and says "keep it going, I really like what you do. "

At the same time, another person arrives with great enthusiasm and I start speaking with him. He wants food for everyone! He proposes to create more food banks and to encourage restaurants and people to waste less food and to donate more to those banks. I then hang his ideas in the tree behind us.

 

 

Since we had run out of water bottles, the sun was coming out and it was getting very hot, I went to buy some more from the supermarket next to the metro.

Coming back, a man approaches timidly and we greet him. Once he found out what we were doing, he had a lot to say. He tells us about inner peace and how people are not listening to others, but also to themselves. At the end of our conversation, he thanks us and admits that it did him a lot of good to talk with us. I try to sum up his thoughts in two sentences and hang them in the tree.

Ten minutes later, the man we were talking to about the housing crisis returns with a newspaper article from the day before about the event. He seems genuinely outraged by the expulsion of the campers and the three of us all agree that this is a completely illogical decision, as these people have nowhere else to go and their situation is even more difficult since the pandemic. By doing this, we only repress once again those who need help the most.

 

It is now time to go, so we put the equipment away and disinfect it one last time. Walking towards the van and on the way back, Thierry and I talk about the reactions of the participants. We know that at least three people liked our workshop and thanked us personally and several seemed really happy to see us. I hope this activity gave them a moment of reflection, but also a little time to rest, or even a small distraction in their day.

 

*Names in the text have been changed in order to keep anonymity.

Every pictures are credited to the author, Maude Blanchet-Léger.  

Amandine Gazut pour Exeko

Après 1 an passé avec nous à l'équipe des programmes et projets, Amandine Gazut reprend sa route vers de nouvelles aventures. Elle a accordé à ÉponineVerney-Carron une entrevue sincère sur son expérience, son arrivée, ses apprentissages.

- temps de lecture 6 minutes -

 

Qu'est-ce que tu faisais chez Exeko?

J'étais agente de projets jusqu'à la semaine passée (semaine qui marquait la fin de mon programme d'échange), mon mandat principal étant de coordonner les différents projets idAction à Montréal avec les jeunes, de créer ou de consolider des partenariats. À côté de ça, j'ai eu l'opportunité de développer ma passion pour l'audiovisuel, en apportant mon aide aux communications, avec de la vidéo notamment. En tant qu'autodidacte dans ce domaine, j'ai pu ainsi valoriser mes compétences grâce à Exeko, et je peux maintenant les mettre en avant à travers ces expériences. 

Ton expérience terrain la plus récente: les haltes-répit.

J'ai été présente sur les haltes-répit depuis leur ouverture (NB: des lieux ouverts lors du confinement par la Ville, coordonnés pour deux d’entre eux par Exeko, pour accueillir les personnes en situation d’itinérance), à raison de deux ou trois shifts par semaine en moyenne, puis en coordination les fins de semaine.

Ce qui m'a vraiment marqué fût de voir qu'il s'agissait d'un réel besoin pour les personnes en situation d'itinérance d'avoir un lieu disponible, en journée, pour pouvoir se reposer de façon sécuritaire. On l'a bien remarqué avec le nombre de personnes qui était comptabilisé à l'entrée, surtout au début de la mise en place des haltes-répit puisqu’à ce moment-là il faisait vraiment très froid. Certains jours, il y avait même des files d'attente pour que les gens puissent avoir accès à une chaise. 

J’ai été frappé de réaliser qu'on peut rendre n'importe quel lieu hyper accueillant, juste avec de l'échange et de la bienveillance. Par exemple, j'ai surtout travaillé dans le hall de la Grande Bibliothèque, qui n'est pas forcément ce qu'il y a de plus accueillant au premier coup d’œil pour s’y reposer : c’est un espace très grand, très haut, avec beaucoup d’écho et juste des chaises espacées de deux mètres… Mais avec toute l'équipe sur place, que ce soit les coordonnateur.rice.s, les agent.e.s de sécurité ou les bénévoles, on est arrivé à créer un espace bienveillant où tout le monde se sentait bien. Moi, en y allant, j'avais vraiment le goût de faire mes shifts ! Je savais que j'allais passer un bon moment et que j'allais rencontrer des gens. Et ça, même si on ne se parlait pas trop car le lieu était avant tout un espace de repos et de silence. Il y avait une vraie belle énergie là-bas.

 

Amandine 

 

Ce fût une expérience de mixité sociale importante, car sans ce lieu, toutes ces personnes ne se seraient jamais rencontrées. Comme j'ai été bénévole et coordonnatrice pendant tout le temps des haltes-répit, j'ai pu voir les changements "d'ambiance". Comme si de petites ampoules s'éclairaient dans les têtes des gens qui se rendaient compte que certains préjugés - qu'on a tou.te.s - se cassaient tout doucement au fil du temps. Je trouve ça vraiment beau car c'est en étant ensemble et en apprenant les un.e.s des autres. 

Les profils étaient très différents, ne serait-ce que parmi les usager.e.s. Il y avait des personnes en situation d'itinérance et de grande précarité et d'autres qui ne l’étaient pas du tout. Je me suis vraiment rendue compte avec cette expérience que la précarité peut avoir mille visages. Le sentiment de solitude est l’un d’entre eux et je trouve qu’il a été complètement oublié dans la gestion de la pandémie. Des personnes qui n'étaient pas en situation de précarité venaient elles aussi, simplement pour être entourées de monde, pour pouvoir avoir une présence humaine à leur côté, qui fait du bien. Bien que ce fût un lieu de repos, c'était aussi un lieu de rencontre. 

L'initiative de la ville fût essentielle mais je trouve dommage que ces mesures aient été prises suite cette crise d'ampleur majeure, alors que ce besoin était aussi présent avant. Même s’il y a des centres de jour communautaires qui existent dans de nombreux quartiers de Montréal, ce n'est jamais suffisant. J'espère que cette situation sans précédent va permettre d'ouvrir de nouvelles portes maintenant et dans le futur. 

Une anecdote à partager ? 

L'entièreté de la halte-répit est une expérience de mixité sociale et de solidarité en soi. On ne s'en rend pas forcément compte quand on y travaille mais avec du recul, l'ensemble du processus, de l'ouverture à la fermeture, est une expérience de mixité sociale.  

En tant que bénévole à la Grande Bibliothèque, on devait avoir les yeux partout pour ne pas rater la désinfection des chaises lorsque quelqu’un partait. Comme l’espace est très grand, il pouvait m’arriver de ne pas voir quelles chaises venaient d’être libérées ou même de me tromper et de ne pas désinfecter les bonnes… Plusieurs fois, des usager.e.s m'ont interpellée et m’ont fait signe pour m'aider. C'était le fun ces situations-là, on était ensemble vraiment, on en riait beaucoup. 

Dans quel état d’esprit es-tu arrivée au Québec? Dans quel état d’esprit repars-tu ?

Je suis venue à Exeko dans le cadre d'un Service Civique. C'est un programme français un peu particulier, basé uniquement sur la motivation d'intégrer un organisme communautaire, en France ou à l'étranger. C'est à la fois utile pour développer des compétences techniques et professionnelles et pour avoir un impact positif sur la communauté. En faisant cette démarche-là, je souhaitais me sentir utile, faire une pause dans ma vie et agir, pour voir si une mission comme celle-ci me correspondait. J'avais l'envie de travailler pour une cause. 

Je suis arrivée avec cette mentalité-là à Exeko, mais également avec des valeurs personnelles relativement fortes. J’ai été bénévole plusieurs années pour la Croix-Rouge française, j'ai toujours été très tolérante et ouverte. Donc, quand je suis arrivée, je voulais vraiment changer les choses à mon échelle. 

Même si je ne comprenais pas encore exactement la mission d'Exeko, je m’étais renseignée sur la théorie de la transformation sociale de l'organisme ou sur la présomption d'égalité des intelligences (NB: énoncé éthique et publications à découvrir ici)… Mais tant qu'on ne le vit pas, ce sont des concepts complexes à comprendre. Je sentais malgré tout que c'était quelque chose qui m'intéressait, le fait de présumer que tout le monde "vaut" la même chose, que chaque intelligence se vaut. Donc je suis arrivée avec l'envie d'aider et de faire partie de cet organisme-là, sans trop savoir où je mettais les pieds, mais toujours avec cette envie d'agir. 

Un an est passé, et quand je suis partie d'Exeko, c'est avec tous ces sentiments-là exacerbés. Maintenant, je suis sûre de mes valeurs, de ma façon d'aborder le monde, du fait que ce soit une bonne façon de faire. Je considère qu'être ouvert.e, essayer d'apprendre des autres, les traiter sur un pied d'égalité, communiquer sainement, c'est ce qui marche pour faire changer, au moins un petit peu, les mentalités et les choses. Cette façon de penser a été renforcée par Exeko et m'a donné l'envie de rester dans le milieu communautaire, à Montréal.

Qu’as-tu particulièrement appris en 1 an ? 

La posture d'allié.e est mon plus grand apprentissage de cette année : le fait de savoir prendre du recul et de se remettre en question constamment. Je suis partie d'Exeko avec une humilité renforcée. En arrivant, je me voyais tout faire pour changer les choses, de n'importe quelle manière. Grâce à Exeko, aux partenaires rencontré.e.s, j'ai pris ce recul important de savoir que, des fois, il faut savoir se taire et rester à sa place. J'ai vraiment réalisé l'importance de savoir écouter, apprendre et accepter quand on n’est pas concerné.e, que ce soit dans le milieu militant et communautaire, mais aussi dans le quotidien de chacun.e. Je n'avais aucune idée concrète sur la posture d'allié.e avant de venir ici. Je ne pensais pas que même avec toute la bonne volonté du monde, on pouvait blesser certaines personnes dans certains combats. Je repars d'Exeko avec ça en tête, avec la capacité d'analyser mes propres comportements, mes propres schémas et angles morts aussi. Je parle d’angles morts car, même si je considère que je suis quelqu'un de tolérant et d'ouvert, on a tou.te.s des préjugés culturels, des stéréotypes inculqués par la société elle-même. D'où l'importance de toujours chercher à déconstruire ça, petit à petit, et réfléchir avant d'agir, chose que je ne faisais pas spécialement avant. Je pense que j'ai appris à mieux agir, finalement. C'est vraiment nécessaire parce qu'on peut mal faire, très facilement, sans le vouloir.     

Un truc qui t'ait marqué en particulier?

Le fait de prendre d'abord soin de soi, avant de prendre soin des autres, est une nécessité absolue. C'est une chose que j'avais en tête sans jamais l’avoir vraiment compris. 

Je veux parler spécifiquement de l'équipe d'Exeko, car tout va vraiment bien dans cette équipe : la bienveillance est continue, une grande communication est de rigueur… C'est une chose rare dans un milieu professionnel. Chacun.e a ses forces et ses faiblesses et ne s'en cache pas ; tout le monde accepte sa propre vulnérabilité, ce qui permet d’oser et de ne pas avoir peur de demander de l'aide en cas de besoin. Le fait que l'équipe prenne soin d'elle-même de cette façon donne encore plus d'impact aux actions qui sont mises en place. Chez Exeko, il n'y a pas de problème d'égo. Tout le monde est au service de la mission et se met en retrait par rapport à ce qui est fait. Je trouve ça vraiment cool et extrêmement différent de mes expériences passées en France, où ce n'était pas du tout le cas et où les problèmes interpersonnels prenaient beaucoup de place, empêchant cette prise de recul nécessaire qui existe chez Exeko. C'est pour ça que je trouve ça bien que l'équipe soit aussi soudée, aussi vraie et sans masque. Il y a vraiment un soutien énorme entre chaque membre de l'équipe que je trouve vraiment beau. 

Ce qui m'a marquée, c'est aussi le fait que l'identité même d'Exeko se retrouve dans toutes ses pratiques. Exeko, c'est beaucoup de théories : la théorie de la transformation sociale, la présomption d'égalité des intelligences, la médiation intellectuelle (NB: à découvrir, la médiation intellectuelle c'est quoi?, en vidéo par ici). Ce sont des gros pavés, difficiles à comprendre au premier abord. Ça paraît flou quand on n’est pas dedans mais dès qu'on les met en pratique, ces théories deviennent limpides et se mettent en pratique naturellement. 

Par exemple, avec la présomption d'égalité des intelligences - en gros, considérer que chaque intelligence se vaut, que chacun.e doit avoir les mêmes chances par rapport aux apprentissages - on se rend compte que c'est juste une attitude à avoir. Et c'est comme ça que les gens vont se révéler : parler, s'exprimer, être créatif, apprendre. C'est une grosse réflexion derrière cette posture-là, qui au final est simple à mettre en place. 

 

Une rencontre particulière qui t’ait touchée ?

Il y en a mille. Mais pour n'en citer qu'une, lors d'un Métissage Urbain de Marie-Paule Grimaldi, j'ai rencontré Ali, qui ne parlait ni français, ni anglais, seulement farsi. C’était assez compliqué car le projet était justement basé sur la langue française et sur l'expression écrite. Malgré ça, on a quand même réussi à échanger, il nous à exprimer qui il était et d'où il venait. Il avait fui la guerre en Afghanistan. Un médiateur lui faisait écrire des choses en fonction de ce qu'il nous racontait. J'avais trouvé ça super stimulant comme moment, pouvoir se parler malgré tout, il y avait de la création mêlée à de l'apprentissage : de la langue et surtout entre nous. 

 

À Multicaf (credit: Amandine Gazut pour Exeko)

À quel moment t’es-tu dit : ah ça y est, je comprends enfin ce qu’on fait chez Exeko !

Cette compréhension-là a été super lente au début, puis petit à petit des clés ont ouvert des portes par rapport aux différents projets. Au bout de trois mois, j'avais une vision relativement claire de tout ce qui était fait par Exeko : les activités en communauté autochtone dans le nord du Québec, à Montréal, auprès de tout type de populations, marginalisées ou pas, et l'impact sur les différentes sphères - individuelle, institutionnelle ou gouvernementale. Je comprenais un peu tout ça, mais c'était surtout en théorie. Finalement, c'est à chaque fin de cycle de projet idAction (NB: programme de développement de l'esprit critique, d'analyse sociale et d'action citoyenne à découvrir ici), ou à chaque fois que j'allais sur le terrain que je me disais : "ah ça y est, là je comprends". Voir des vraies personnes en face de moi qui prenaient confiance en elles ou être témoin de belles réflexion qui émergaient, ce sont ces petits exemples comme ça qui, mis à bout à bout, m’ont permis de mieux comprendre l’organisme à travers toute ses actions. Je comprenais pourquoi et comment les besoins étaient assouvis. C'est tout le temps dans les petites actions que ça marche. 

Ce que tu as préférée de ton expérience ? Ou qui au contraire fût une épreuve ?

La seule vraie difficulté que j'ai pu avoir, qui n'est pas liée à Exeko en particulier mais plutôt au milieu communautaire en général, a été de me rendre compte que changer les choses est plus difficile que ce qu'on pense. On se confronte souvent à des murs auxquels on ne s'attendait pas, à des problèmes logistiques, de mécompréhension, de budget… Au final, ce genre de problèmes pourrait être facile à résoudre mais le fait que d'autres institutions et d'autres partenaires ont aussi un rôle à jouer là-dedans complique les choses. 

Le mot de la fin ? Des projets à venir?

Je travaille avec Manon, une amie sur un projet de documentaire. C'est une initiative personnelle de nous deux. Il s’agit d’un documentaire dédié à la situation de la COVID-19 du point de vue des personnes en situation d'itinérance ou de précarité, souhaitée ou non. On souhaite en apprendre davantage sur ce qui a changé dans leurs vies par rapport à l'arrivée du virus et tout ce qu’elle a entraîné - la distanciation sociale ou la fermeture des commerces, par exemple - car on entendait beaucoup parler de difficultés dans le communautaire, du fait qu'il y avait moins de ressources. On a voulu avoir le retour des gens directement touchés par tout ça. Le but n'est pas de faire un portrait de l'exclusion et des conséquences de la pandémie. On essaie d'apporter une vision exekienne au documentaire, d'avoir un regard tourné vers le futur. On veut interroger les gens sur différents sujets comme les rapports sociaux, le rapport à l'argent, la solidarité, et que tou.te.s puissent s'exprimer librement sur ce qu'ils pensent, sur leurs espoirs de changement et leurs rêves.  Le documentaire n'est pas nous, il est les personnes qu'on interroge. On souhaite simplement apporter cette vision positive sur les choses qui pourraient changer. Sans Exeko, le documentaire n'aurait jamais eu cette vision-là. Il est la plus belle conclusion que je peux donner à mon année passée auprès Exeko. Tout ce que j'ai appris, je le mets en pratique dans ce documentaire, dans un projet vraiment personnel mais qui au final est dans l'intérêt collectif et dans la vision d'Exeko. Ça me permet de faire vivre les pratiques d'Exeko dans mon propre quotidien et à partir de là, je peux facilement affirmer que ce qu’Exeko met en place, ça marche. 

 

Amandine est entre-autre la réalisatrice de trois reportages tournés dans le cadre de son 1 an chez Exeko: pour le programme Métissages Urbains avec Au-delà des mots et Modus Operandum, et pour le Forum de corédaction de la charte pour une culture accessible, inclusive et équitable. Elle est également l'autrice de nombreuses photos à découvrir sur notre Flickr.

 

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  • « By engaging with people on a deep level, we see Exeko reinvigorating individual spirit to rebuild society in a new way. Exeko's work is not about small projects, but about achieving full social inclusion at a systemic level. [...] we believe that Exeko will reach a level of systemic impact with Quebec, Canada and the world within 5-10 years. »

    Elisha Muskat, Executive Director, Ashoka Canada

  • « Its goal? To develop reasoning, critical thinking, logic, and increase citizen participation of these marginalized groups. »

    Caroline Monpetit, Le Devoir (free translation)

  • «  I write my thoughts in my head, not on paper, and my thought is not lost. »

    Participant @PACQ

  • « Why use paper when it is as beautiful as this? »

    One of the co-creator for Métissage Urbain

  • « I Have my own identity ! »

    Putulik, Inuit participant, Métissage Urbain

  • « It is terrible for a society to ignore people with such talent! »

    Hélène-Elise Blais, les Muses about ART and ID projects

  • « Art has the advantage to make people talk about abilities rather than limitations, when confronted with an intellectual disability.  »

    Delphine Ragon, Community Programs Manager, Les Compagnons de Montréal

  • « Over the past few years, we have been seeing more and more high quality productions by people with an intellectual disability who truly are artists.  »

    Julie Laloire @AMDI

  • « Exeko implements creative solutions to several problematic, gives a voice to those we don't hear and hope to the underprivileged. »

    Bulletin des YMCA

  • « Its goal? To develop reasoning, critical thinking, logic, and increase citizen participation of these marginalized groups. »

    Caroline Monpetit, Le Devoir (free translation)

  • « ...empowering the children, and giving them confidence »

    APTN National News

  • « It’s a great program for children to learn about their traditions and to increase their interaction with Elders in the community. »

    Erika Eagle, Social Development Assistant with Waswanipi Brighter Future

  • « We are not higher, we are not lower, we are equal. »

    Simeoni, participant idAction Mobile

  • « Receving is good, but giving is better »

    Participant idAction@Kanesatake

  • « They're both people. We're not looking enough after people with problems, and mostly with mental health issues. Then we would have more people able to work. »

    Participant, idAction@Accueil Bonneau

  • « What better way to strengthen intergenerational ties? [...] A meeting between peers, a place for expression, learning and recovery »

    Chantal Potvin, reporter at Innuvelle

  • «  I don't know everything, but while reading it, it always bring me one step closer »

    A participant, idAction Mobile

  • «  By engaging with people on a deep level, we see Exeko reinvigorating individual spirit to rebuild society in a new way. Exeko's work is not about small projects, but about achieving full social inclusion at a systemic level. [...] we believe that Exeko will reach a level of systemic impact with Quebec, Canada and the world within 5-10 years. »

    Elisha Muskat, Executive Director, Ashoka Canada

  • «  ...empowering the children, and giving them confidence »

    APTN National News

  • «  I was completely alone today, thanks for talking to me »

    Elie, participant @idAction Mobile

  • «  They're both people. We're not looking enough after people with problems, and mostly with mental health issues. Then we would have more people able to work. »

    Participant, idAction@Accueil Bonneau

  • «  Today, the power acquired through knowledge is more far-reaching than knowledge itself. »

    André Frossard

  • « By engaging with people on a deep level, we see Exeko reinvigorating individual spirit to rebuild society in a new way. Exeko's work is not about small projects, but about achieving full social inclusion at a systemic level. [...] we believe that Exeko will reach a level of systemic impact with Quebec, Canada and the world within 5-10 years.»
    Elisha Muskat, Executive Director, Ashoka Canada
  • « Exeko implements creative solutions to several problematic, gives a voice to those we don't hear and hope to the underprivileged.»
    Bulletin des YMCA
  • « Over the past few years, we have been seeing more and more high quality productions by people with an intellectual disability who truly are artists. »
    Julie Laloire @AMDI
  • « Art has the advantage to make people talk about abilities rather than limitations, when confronted with an intellectual disability. »
    Delphine Ragon, Community Programs Manager, Les Compagnons de Montréal
  • « It is terrible for a society to ignore people with such talent!»
    Hélène-Elise Blais, les Muses about ART and ID projects
  • « I Have my own identity !»
    Putulik, Inuit participant, Métissage Urbain
  • « Why use paper when it is as beautiful as this?»
    One of the co-creator for Métissage Urbain
  • « I write my thoughts in my head, not on paper, and my thought is not lost.»
    Participant @PACQ
  • « Its goal? To develop reasoning, critical thinking, logic, and increase citizen participation of these marginalized groups.»
    Caroline Monpetit, Le Devoir (free translation)
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    Caroline Monpetit, Le Devoir (free translation)
  • « Today, the power acquired through knowledge is more far-reaching than knowledge itself.»
    André Frossard
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    Participant, idAction@Accueil Bonneau
  • « They're both people. We're not looking enough after people with problems, and mostly with mental health issues. Then we would have more people able to work.»
    Participant, idAction@Accueil Bonneau
  • « We are not higher, we are not lower, we are equal.»
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  • « I was completely alone today, thanks for talking to me»
    Elie, participant @idAction Mobile
  • « Receving is good, but giving is better»
    Participant idAction@Kanesatake
  • « What better way to strengthen intergenerational ties? [...] A meeting between peers, a place for expression, learning and recovery»
    Chantal Potvin, reporter at Innuvelle
  • «  ...empowering the children, and giving them confidence»
    APTN National News
  • « By engaging with people on a deep level, we see Exeko reinvigorating individual spirit to rebuild society in a new way. Exeko's work is not about small projects, but about achieving full social inclusion at a systemic level. [...] we believe that Exeko will reach a level of systemic impact with Quebec, Canada and the world within 5-10 years.»
    Elisha Muskat, Executive Director, Ashoka Canada
  • « It’s a great program for children to learn about their traditions and to increase their interaction with Elders in the community.»
    Erika Eagle, Social Development Assistant with Waswanipi Brighter Future
  • « ...empowering the children, and giving them confidence»
    APTN National News