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Richard Sabeh

Texte: Richard Sabeh

Le 21 juin dernier se tenait la Journée nationale des peuples autochtones. Pour l'occasion, des centaines d'événements et de célébrations se déroulaient à travers le Canada afin de souligner l'apport des Premières nations et rappeler l'état de la cohabitation sur leurs territoires ancestraux. Exeko était sur place afin de marquer son appui.

QUAI DE L’HORLOGE

La journée a débuté dans la fébrilité et l'anticipation. Aux coups de 11h au Quai de l'horloge, dans le Vieux-Montréal, on attendait avec impatience l'annonce de la mairesse de Montréal, pour lancer le coup d'envoi. Le lieu a été choisi à dessein, il s'agit de l’endroit prévu pour une future ambassade culturelle autochtone. Le projet est porté à bout de bras par DestiNATIONS : Carrefour international des arts et cultures des peuples autochtones depuis plusieurs années et les participant.e.s rassemblé.e.s espèrent une annonce de son support. D'ailleurs les responsables de l'événement – membres de Terre en Vue, Destinations, Tourisme Autochtone Québec et Présence Autochtone – étaient sur place, un casque de construction sur la tête, afin de lancer le message qu'ils/elles sont prêt.e.s pour la première pelletée de terre.

Des représentantes de la ville, ainsi que le ministre responsable des affaires autochtones, M. Geoffrey Kelley, étaient également présent.e.s et donnaient des entrevues aux médias alors que s'était réunie, autour de la scène, une foule diverse, composée de membres de la communauté autochtone, de nouveaux et de nouvelles arrivant.e.s, de familles et de jeunes auxquels se mêlaient quelques touristes curieux, attirés par l'effervescence ambiante.

Puis la nouvelle nous arrive, non seulement la ville s'engage-t-elle à soutenir le projet d'ambassade à hauteur de 10%, mais elle répond positivement à la demande du Conseil de bande de Kahnawake et s'engage à restituer les sépultures autochtones en sa possession. À cette annonce, un feu est allumé au rythme du tambour et on invite les participant.e.s à y déposer une poignée de tabac sacré.

C'est sur le thème de la réconciliation que les dignitaires ont ensuite entrepris l'érection d'un tipi afin de symboliser la construction d'une nouvelle maison pour l'art et la culture autochtone, mais également d'un monde meilleur que nous devons bâtir ensemble. M. Kelley, nous rappelle à cette occasion que l'histoire de Montréal précède largement sa date de fondation, mais qu'à travers toutes ces époques, elle aura été une terre de rencontre où les amitiés se forgent, un carrefour commercial où les ententes se concluent.

 

SQUARE CABOT

En milieu d'après-midi, les célébrations se poursuivaient au Square Cabot où une série d'artistes originaires des quatre coins de l'Amérique du Nord se produisaient en spectacle. Sur la scène, on a invité le parterre à initier une grande danse en cercle, main dans la main. Une longue file humaine s'est alors entortillée formant parfois des spirales, parfois des serpentins pendant que les artistes battaient la musique du pied. Chanteurs de pow-wow contemporain anishnabés, troupe composée de danseurs hopis, tewa et choctaw, compositrice inuk-mohawk du Nunavik, Dj originaire de l'Arctique se sont succédé.e.s pour partager un morceau de leur héritage.

Se joignaient à eux des organisations de terrains comme Projet Iskweu qui offrait sous sa tente des boucles d'oreilles confectionnées par les résidentes du foyer pour femme autochtone de Montréal; ainsi que Sim, Naka et Putilik qui donnaient un atelier de taille de pierre à savon où les participant.e.s s'entassaient pour apprendre à faire un Inuksuk.

BBQ au PAQ

Plus tard en soirée, Exeko s'est rendu au PAQ à l'occasion de son BBQ portes ouvertes afin de s'entretenir avec les participant.e.s. Pour l'un d'eux, descendant inca qui fréquente Projets Autochtones du Québec, afin de renouer avec ses frères et sœurs, il est impératif de vivre sa culture dans la modernité. Il nous révèle ainsi que lors de chaque pleine lune, il se rend au Mont-Royal afin de danser, iPod à la main. Cette tension entre un Québec contemporain et une culture ancestrale est tangible dans les témoignages que nous avons recueillis. Il s'agit pour ceux et celles qui le souhaitent de pouvoir incarner leurs origines ici et maintenant, sans pour autant avoir à faire des contorsions, sans se faire dévisager.

Le sentiment d'exclusion de leur propre terre est largement partagé. Plusieurs nous demandent comment nous nous sentirions si un autochtone venait nous serrer la main et nous dire: « Bienvenue chez nous. » Toutefois certaines initiatives, comme la salle de contemplation de l'hôpital Notre-Dame, sont accueillies positivement tout comme chaque manifestation de leur culture dans l'espace publique. Pour plusieurs d'entre eux, cette reconnexion avec leurs racines doit se faire par l'enseignement des langues autochtones. Des langues dont ils/elles furent éloigné.e.s par le passé, en toute connaissance de cause.

La journée s'est conclue aux lueurs d'un feu, alors que les participant.e.s, à tour de rôle, prenaient la parole pour partager avec l'assistance un conte de leur enfance, que des grands-pères, des tantes et des frères leur avaient transmis.

 

On pourrait dire que la table est mise pour un grand moment d’échange. Nous sommes au Boulot vers, un organisme qui œuvre à l’insertion professionnelle auprès de jeunes. Simon et Bianca, médiateur.trice.s à Exeko, en sont au deuxième atelier d’un cycle de trois. Ils sont entourés de cinq jeunes adultes. Le sujet de la discussion aujourd’hui? « Qu’est-ce qu’un adulte. »

La pièce est le compte rendu d’un grand moment. Le partage entre sept individus qui se rencontre dans l’échange. Pourquoi devenir adulte? C’est une question que tout le monde se pose. Quand est-ce que je suis devenu adulte? Le suis-je vraiment? Et pourquoi ne serais-je pas un enfant dans un corps d’adulte? Ai-je toujours mon âme d’enfant? Durant deux heures, on a défini le concept d’adulte. Puis, on a pris en exemple des figures connues pour se questionner si ces adultes répondaient à nos critères. Est-ce que Bachelard, dont l’œuvre comprend des titres imaginaire comme «Poétique de la rêverie» et «L’eau et les rêves», qui a passé sa vie à réfléchir à l’imaginaire et aux rêves est un adulte sérieux? Est-ce qu’Amy Winehouse, dont les excès sont bien connus, prenait ses responsabilités d’adulte? Est-ce que Trump, dont les sautes d’humeurs sont notoires, est un adulte qui prend des décisions éclairées? Ce sont ses réflexions qui ont mené à la création du texte qui suit.

Merci à tous les participants et participantes. Votre ouverture d’esprit et votre partage ont été la bougie d’allumage de cette matinée philosophique.

Texte : Tiphaine Barrailler et Bianca Laliberté

Pour mieux comprendre la démarche derrière la création de l'oeuvre vidéo NUITS, captée dans le cadre du programme Biblio-libre d’Exeko, à partir d’une cocréation littéraire réunissant neuf auteur.trice.s rencontré.e.s dans divers organismes communautaires, nous vous invitons à lire le texte suivant rédigé par les médiatrices Tiphaine Barrailler et Bianca Laliberté.

« Nous sommes dans une situation généralisée de perte de repères communs. Les grands modèles de pensée se sont effondrés, consumés par le recul de la religion et la dissémination victorieuse de l’individualisme néolibéral. Nous nous retrouvons perpétuellement confrontés à un monde fragmenté (par la sur-stimulation médiatique, l’omniprésence de discours multiples, babéliques). Or, en cet immense espace de jeu cadençant le visible et l’invisible, ce film n’est autre qu’une tentative de rendre audibles et visibles des voix désirantes rencontrées en des lieux insoupçonnées. Dans l’antre de la nuit, nous ciblons Babel heureuse, ou du moins décomplexée. »

Dans le cadre du projet Biblio-libre de l’édition 2017, dix ateliers de médiation intellectuelle ont eu lieu dans 6 organismes communautaires de la Ville de Montréal et à la BAnQ, tous préoccupés par les enjeux de l’itinérance. En chacun de ces organismes trônent des bibliothèques sans propriétaires installées par Exeko au courant des dernières années. Leur existence garantit en ces espaces un libre accès à des livres et vise précisément à cultiver la littératie et la vie intellectuelle dans une perspective d’émancipation et d’inclusion sociale.

Présentation du film NUITS par Tiphaine Barrailler et Bianca Laliberté lors de l'exposition 2915 le 9 mars 2018.

Cependant, la matière du livre, comme objet d’échange, pose problème : il est quasi-impossible de la saisir toute entière dans les contextes d’ateliers de deux heures. Comme les ateliers de médiation intellectuelle mobilisent des groupes d’individus autour d’objets communs de réflexion dans une perspective éducative prise en charge par tout un chacun, les fragments de livres arborent une double opportunité pour la création d’un commun lequel, assumons-nous, n’existe pas avant d’être pratiqué, articulé, manipulé, pétri, façonné. Ainsi est-il toujours question de se donner les moyens de l’engendrer. Comment jouer et rejouer le sens au creux de la dispersion qui organise notre expérience contemporaine? Voire, comment œuvrer à une construction commune de sens ? Comment manipuler la matière livresque dans la perspective d’une écriture à plusieurs en des contextes qui s’y ne prêtent pas aussi bien qu’en une université, par exemple? Dans le contexte précis de ce projet, le commun fut d’une part envisagé comme espace partagé au moment des ateliers où se multiplièrent les discussions érudites. Ensuite, en tant que patrimoine culturel proposé à l’appropriation que l’on peut sans gêne nommer « la grande culture occidentale » au terme d’un geste d’écriture.

La présence des fragments dont la jonction thématique est la nuit (images, éclats de pensées philosophiques, bribes de romans) se joue ici sur deux trames. La trame vidéographique, d’abord, les donnent à voir, constituée de matières pelliculaire agencées par Charles-André Coderre, parmi lesquelles des images captées lors de l’enregistrement. Puis, la trame audio, corps composé de neuf voix singulières, les donnent à entendre. Chaque texte fut en effet rédigé en écho à de petites séries de fragments de livres sélectionnés par les auteur.trice.s eux-mêmes/elles-mêmes dans le processus d’écriture. Ces auteur.trice.s rencontré.e.s dans les divers organismes visités sont: Michel Beaupré, Josée Cardinal, J-M Fortin, Robert Quenneville, Yves Manseau, Mostapha, Sylvain, Cindy Tremblay et Vangolet. Sur cette trame, s’ajoute la musique de Frédéric Boisclair.

 

Ce projet a été réalisé grâce au soutien financier du Ministère de la Culture et des Communications et de la Ville de Montréal dans le cadre de l’Entente sur le développement culturel de Montréal.

 

Nous tenons également à remercier l'Auberge Madeleine, la BAnQ, Chez Doris, La Maison du Père, L’Itinéraire, la Mission Old Brewery, ainsi que le PAS de la rue pour leur précieuse collaboration au projet.

 

This year again we are launching the call for proposals for the summer artistic residencies of Métissages Urbains! We hope to be introduced to three artists who will lead projects of co-creation and artistic reflection with people met during the project. These residences will partly be executed in the public space with passerby. This year, we would like to invite an Indigenous artist and two artists who want to work with newcomers in Mercier-Hochelaga-Maisonneuve and in Montréal-Nord. We look forward to discovering the applications.

Deadline for newcomer artistic residencies: April 30th, 2018

Deadline for Indigenous artistic residency:May 15th, 2018

For any other questions or inquiries, feel free to send an email to ​[email protected] or coming to Exeko's offices: 5445 Avenue de Gaspé, #405, Montréal (QC) H2T 3B2

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Texte: Richard Sabeh

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  • « By engaging with people on a deep level, we see Exeko reinvigorating individual spirit to rebuild society in a new way. Exeko's work is not about small projects, but about achieving full social inclusion at a systemic level. [...] we believe that Exeko will reach a level of systemic impact with Quebec, Canada and the world within 5-10 years. »

    Elisha Muskat, Executive Director, Ashoka Canada

  • « Its goal? To develop reasoning, critical thinking, logic, and increase citizen participation of these marginalized groups. »

    Caroline Monpetit, Le Devoir (free translation)

  • «  I write my thoughts in my head, not on paper, and my thought is not lost. »

    Participant @PACQ

  • « Why use paper when it is as beautiful as this? »

    One of the co-creator for Métissage Urbain

  • « I Have my own identity ! »

    Putulik, Inuit participant, Métissage Urbain

  • « It is terrible for a society to ignore people with such talent! »

    Hélène-Elise Blais, les Muses about ART and ID projects

  • « Art has the advantage to make people talk about abilities rather than limitations, when confronted with an intellectual disability.  »

    Delphine Ragon, Community Programs Manager, Les Compagnons de Montréal

  • « Over the past few years, we have been seeing more and more high quality productions by people with an intellectual disability who truly are artists.  »

    Julie Laloire @AMDI

  • « Exeko implements creative solutions to several problematic, gives a voice to those we don't hear and hope to the underprivileged. »

    Bulletin des YMCA

  • « Its goal? To develop reasoning, critical thinking, logic, and increase citizen participation of these marginalized groups. »

    Caroline Monpetit, Le Devoir (free translation)

  • « ...empowering the children, and giving them confidence »

    APTN National News

  • « It’s a great program for children to learn about their traditions and to increase their interaction with Elders in the community. »

    Erika Eagle, Social Development Assistant with Waswanipi Brighter Future

  • « We are not higher, we are not lower, we are equal. »

    Simeoni, participant idAction Mobile

  • « Receving is good, but giving is better »

    Participant [email protected]

  • « They're both people. We're not looking enough after people with problems, and mostly with mental health issues. Then we would have more people able to work. »

    Participant, [email protected] Bonneau

  • « What better way to strengthen intergenerational ties? [...] A meeting between peers, a place for expression, learning and recovery »

    Chantal Potvin, reporter at Innuvelle

  • «  I don't know everything, but while reading it, it always bring me one step closer »

    A participant, idAction Mobile

  • «  By engaging with people on a deep level, we see Exeko reinvigorating individual spirit to rebuild society in a new way. Exeko's work is not about small projects, but about achieving full social inclusion at a systemic level. [...] we believe that Exeko will reach a level of systemic impact with Quebec, Canada and the world within 5-10 years. »

    Elisha Muskat, Executive Director, Ashoka Canada

  • «  ...empowering the children, and giving them confidence »

    APTN National News

  • «  I was completely alone today, thanks for talking to me »

    Elie, participant @idAction Mobile

  • «  They're both people. We're not looking enough after people with problems, and mostly with mental health issues. Then we would have more people able to work. »

    Participant, [email protected] Bonneau

  • «  Today, the power acquired through knowledge is more far-reaching than knowledge itself. »

    André Frossard

  • « By engaging with people on a deep level, we see Exeko reinvigorating individual spirit to rebuild society in a new way. Exeko's work is not about small projects, but about achieving full social inclusion at a systemic level. [...] we believe that Exeko will reach a level of systemic impact with Quebec, Canada and the world within 5-10 years.»
    Elisha Muskat, Executive Director, Ashoka Canada
  • « Exeko implements creative solutions to several problematic, gives a voice to those we don't hear and hope to the underprivileged.»
    Bulletin des YMCA
  • « Over the past few years, we have been seeing more and more high quality productions by people with an intellectual disability who truly are artists. »
    Julie Laloire @AMDI
  • « Art has the advantage to make people talk about abilities rather than limitations, when confronted with an intellectual disability. »
    Delphine Ragon, Community Programs Manager, Les Compagnons de Montréal
  • « It is terrible for a society to ignore people with such talent!»
    Hélène-Elise Blais, les Muses about ART and ID projects
  • « I Have my own identity !»
    Putulik, Inuit participant, Métissage Urbain
  • « Why use paper when it is as beautiful as this?»
    One of the co-creator for Métissage Urbain
  • « I write my thoughts in my head, not on paper, and my thought is not lost.»
    Participant @PACQ
  • « Its goal? To develop reasoning, critical thinking, logic, and increase citizen participation of these marginalized groups.»
    Caroline Monpetit, Le Devoir (free translation)
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  • « Today, the power acquired through knowledge is more far-reaching than knowledge itself.»
    André Frossard
  • « They're both people. We're not looking enough after people with problems, and mostly with mental health issues. Then we would have more people able to work.»
    Participant, [email protected] Bonneau
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    Elie, participant @idAction Mobile
  • « Receving is good, but giving is better»
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  • « What better way to strengthen intergenerational ties? [...] A meeting between peers, a place for expression, learning and recovery»
    Chantal Potvin, reporter at Innuvelle
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  • « By engaging with people on a deep level, we see Exeko reinvigorating individual spirit to rebuild society in a new way. Exeko's work is not about small projects, but about achieving full social inclusion at a systemic level. [...] we believe that Exeko will reach a level of systemic impact with Quebec, Canada and the world within 5-10 years.»
    Elisha Muskat, Executive Director, Ashoka Canada
  • « It’s a great program for children to learn about their traditions and to increase their interaction with Elders in the community.»
    Erika Eagle, Social Development Assistant with Waswanipi Brighter Future
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