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Le Kiosque des mythologies

Article: Cléo Jacob

Photo d'en-tête : Chloé Barrette-Bennington

Tous les jours, nous croisons de différentes personnes. Cela peut être de la famille, un(e) ami(e), un(e) collègue comme ça pourrait être un(e) inconnu(e). Les passant(e)s déambulent dans les rues, se croisent les uns les autres en prenant soin d’éviter les regards. Certain(e)s, pressé(e)s, marchent rapidement. D’autres prennent leur temps. Certain(e)s sont habillé(e)s moins proprement et d’autres ont sorti(e)s leurs vêtements de printemps.

(C) Chloé Barrette-Bennington

Parmi ces inconnu(e)s aux différentes démarches, aux différentes attitudes ou aux différentes allures se cachent des histoires. Des histoires blotties entre un regard ridé, une cicatrice difforme ou bien un bijou abimé. Nous avons tendance à les éviter en nous écartant après un jugement posé trop rapidement. À rester enfermer sur nous-même. On ne peut pas se douter des beaux récits qu’une personne conserve. On ne peut pas deviner les histoires, toutes très différentes, qui se cachent derrière ces paires d’yeux qui traversent la route, qui vous vendent du pain, qui ramassent les poubelles ou qui vous tiennent poliment la porte. Pourtant, elles sont bien là et ces mythes ne devraient pas être conservés mais partagés. C’est précisément pourquoi le Kiosque des Mythologies pensé par Catherine Lalonde Massecar et soutenu par Exeko  est là. Afin de replonger dans ces souvenirs en transmettant nos aventures. Afin que ces anecdotes soient maintenant le souvenir de quelqu’un d’autre. Afin qu’elles soient préservées, revisitées et répandues. Ou, simplement, afin de se rapprocher du monde qui nous entoure. D’apprendre à mieux le connaître. Si ce ne sont pas nos propres récits, nous pouvons tout bonnement y conter de vieux mythes ou légendes que nous avons entendus par le passé. Cet endroit nous permet de partager un peu de temps, de bavarder et de se raconter de jolis souvenirs. Tout ce que nous voulons, c’est vous entendre parler. Parce que même les toutes petites histoires comptent.

(C) Chloé Barrette-Bennington

C’est en comprenant que chacun(e) a ses périples que l’on arrête de s’éviter. Puisque derrière chaque regard se trouve un souvenir, un passé, une histoire qui mérite d’être entendue.

Envoûté par la rue

Photo d'en tête : Audrey-Lise Mallet
Texte : Alexis Penaud

Et elle roule, et elle roule... Elle n'en finit pas de rouler cette Van. L'infatigable qu'ils devraient l'appeler, l'indomptable, l'inépuisable, l'INSUBMERSIBLE Van. Elle passe devant moi. Elle m'ouvre sa porte, me tend sa main et me susurre à l'oreille droite « Viens avec moi, on va écouter les rumeurs de la ville. Oublie tout ce que tu pensais savoir sur Montréal. Je t'emmène à la rencontre de personnes qui habitent la ville comme personne d'autre. Ils et elles vont te raconter des histoires, leurs histoires et celles de la cité. Des souvenirs qu'ils gardent intacts à ton contact. J'entends leurs échos qui se propagent. Ils trépignent d'impatience de te voir, leurs mots ne demandent qu'à jaillir de leurs bouches. Allez monte, ouvre grandes tes oreilles et laisse-toi aller au gré de leurs vagues. » Mon oreille droite a aimé entendre cela. Alors, ni une ni deux, je suis entré dans la Van et ensemble nous avons roulé.
Kevin, Jocelyne, Laurence, Emmanuel, Kyle, Flynn, Éric... la Van les connaît tous et toutes déjà. « N'aies pas peur d’aller à leur rencontre, me murmure-t-elle encore une fois, ils et elles sont toutes et tous content.e.s de te voir. Ils vont te raconter leur premier souvenir de Montréal. » Alors je me suis assis à leur côté. Tout ouïe, j'ai écouté.

(c) Mikael Theimer pour Exeko

« Mon premier souvenir de Montréal remonte à quand j'étais petit. J'avais un chien qui s'appelait Jimmy. Un doberman. Une relation de confiance s'était établie entre lui et moi. Je pouvais mettre ma tête dans sa gueule, comme ça, sans qu’il ne me morde jamais. Je le faisais passer dans des cercles de feu comme ils le font des fois au cirque avec les tigres. J'aimais beaucoup Jimmy. Des animaux, j'en ai eu d'autres depuis. Des tortues, des chinchillas, des chiens... J'adore les animaux. Ils me font du bien. »
« I was alone in Montréal during a hobo day. Everybody speaks French around me. I was the only guy who spoke English. I feel lost. I walked among them, looking for someone that could understand me and just help me in this jungle. I finally heard an English word. I caught the man who said it and we began to talk in English. It was really great. I’ve never seen this guy since that moment but he is my first memory of Montréal and I will never forget him. »
« Je viens de Québec. Je ne suis pas à Montréal depuis très longtemps. Mais le premier souvenir que j'ai eu de cette ville c’était sa saleté. C'est tout croche de partout. Je vois des stylos, des mégots et d'autres affaires qui traînent sur le chemin alors que la poubelle est juste là. Ils n'ont qu'à tendre la main mais ils continuent à jeter par terre. Pourquoi les gens font ça ? Leur ville pourrait être tellement belle. »
« In Ontario, alcohol is very expensive. But here it's truly cheap. So, one day, I drank too much and after that, we walked with some friends in the street. We meet other guys with beautiful clothes and shoes... actually, they look like rich guys. They began to talk with us and finally one of them said « I know what it is to be poor, one day I slept in a Trench Coat. » I was really angry to hear that. I began to yell out loud. 6 people tried to calm me down but I was drunk and didn't hear them. Now, I smile when I’m reminded of this story, mainly, because it is my first memory of Montréal. »

Mes oreilles enregistrent chacune de ces histoires. Elles sont envoûtantes. On en voudrait toujours plus, encore et encore des histoires comme celles-là, pour chahuter nos cerveaux, les irriguer, leur permettre d'ouvrir des chemins insolites vers les champs encore inexplorés de nos pensées.
Mais quand sonne l'heure, la Van s'arrête, me regarde et me parle encore une fois. « Je ne peux rouler indéfiniment avec toi. Les histoires ne sont belles que lorsqu'elles sont partagées avec le plus de monde possible. Je dois rouler avec d'autres humains comme toi pour que tou.te.s ces hommes et ces femmes puissent faire rayonner leurs récits. Les faire vivre pour ne pas qu'elles moisissent dans leurs bouches. »
Alors je suis descendu. Kombucha sous mon bras droit, mallette dans ma main gauche, c'est à mon tour de m'exprimer. « Merci d'être là chère Van. Ces histoires je ne les oublierai pas. » Elle m'a souri. Sans ajouter un mot elle a tourné à droite et elle est repartie dans les méandres de la ville. Elle roule, elle roule... Elle n'en finit pas de rouler cette Van.

(c) Audrey-Lise Mallet pour Exeko

Ce projet est rendu possible en partie grâce au soutien d'Intact. Merci à eux !

Co-créations sous soleil d’été

Photo de couverture : © Exeko

L’été arrive et avec lui, son lot de créations collectives urbaines. Cette saison, elles sont au nombre de 7. 7 nouvelles occasions pour les habitants et habitantes de l’île de participer à la co-création d’œuvres de diverse nature, de se réapproprier l’espace urbain, de rencontrer ces hommes et ces femmes que nous n’aurions peut-être jamais rencontré.e.s. Car si toutes ces résidences artistiques sont singulières dans leur démarche artistique, toutes poursuivent aussi ce même but de repenser ensemble l’espace urbain pour faire de Montréal une ville plus inclusive. Ces projets de co-création et les personnes qui guideront les montréalais et montréalaises, nous vous les présentons aujourd’hui :

Elle était bien, la photo ? – Jani Bellefleur-Kaltush

« Pendant un moment, on peut capter un petit je-ne-sais-quoi sur pellicule. Sur le vif, un sourire, un regard. On peut se faire prendre en photo avec un(e) danseur(euse) traditionel(le) autochtone. Pour nous, les Innus, c'est quelque chose qu'on aime faire. Ça représente la grâce, l'élégance, la force de se tenir debout près de quelqu'un qui passe la majorité de son temps à baigner dans un aspect de notre culture qui nous échappe. »

Photographe et vidéaste issue de la communauté de Nutashkuan, Jani Bellefleur-Kaltush souhaite provoquer des rencontres entre des danseurs et danseuses portant une régalia, un habit traditionel de la culture autochtone, et des citoyen.ne.s de la ville de Montréal. Tout cela dans un contexte urbain. Et pour rendre compte de cette rencontre une photo. Tout simplement. Une photo pour immortaliser cet échange entre allochtones et autochtones.

dates de la résidence à venir

Tab – Aïda Lorrain

« Comment révéler l’expérience d’un lieu, qui peut être à la fois spécifique et générique, dans la grisaille de l’espace public urbain ? Par qui et pour qui l’espace public est-il conçu ? »

À l’occasion de cinq sorties, l’artiste part à la rencontre spontanée de gens se trouvant sur cinq places publiques dans la ville de Montréal, et propose de co-créer une œuvre qui révèle notre rapport à l’architecture urbaine. En effectuant une réappropriation de l’esthétique générique de l’architecture urbaine, ici incarnée par la tablette grise en plâtre, les co-créateurs observent l’architecture, le mobilier urbain et les éléments iconiques et représentent une expérience qui rend visible leur relation spécifique à un lieu. Cela prend des formes diverses selon les individus, mais la représentation gravée conserve à chaque fois un lien avec le lieu dans lequel elle se produit. Lors de la cinquième sortie, les co-créateurs sont invités à créer une construction à partir des tablettes gravées : à la fois posée contre et intégrée à l’architecture existante, elle agit en tant que dispositif critique de l’espace public.

(c) Chloé Barrette-Bennington pour Exeko

calendrier des événements

S’il était une fois – Floriane Davin

« C’est dans la différence des uns et des autres que les récits puisent leur force. C’est dans l’imbrication des histoires que les barrières s’estompent. À travers la voix, il n’est plus question d’identité sociale ou ethnique. Ce n’est pas l’apparence de l’individu qui est mise en avant, mais la beauté des mots qu’il prononce. Ce n’est pas la qualité formelle des images capturées qui nous importe mas la poésie qui s’en dégage. Chacun a son œil, sa façon de percevoir le monde qui l’entoure, ses aventures, ses craintes et ses rêves. »

C’est un cadavre exquis audiovisuel que Floriane Davin vous propose pour ce projet. Les un.e.s après les autres, les participant.e.s construisent une courte histoire qui, par un collage vidéographique vont être reliées les unes aux autres pour ne former finalement plus qu’une seule histoire porteuse de sens.

© Floriane Davin pour Exeko

calendrier des événements

Jaser d’utopie – Anouk Verviers

« Les conversations qui permettent de toucher un état de compréhension mutuelle et d'ouvrir de nouveaux horizons sont pour moi des œuvres en soi. La conversation est une co-création puisqu’elle nécessite un apport de chacun et une adaptation constante à l’autre. »

On peut mettre bien des choses dans une valise. Anouk Verviers, elle y range dans la sienne un salon. Chaleureux, confortable, ce dispositif modulable est propice à la conversation et permet l’inscription d’un discours ouvert et personnel dans la sphère publique. Un dispositif audio situé entre le ou la particpant.e et l’artiste et que chacun.e peut arrêter à tout moment, permettra d’avoir une trace de ces conversations utopiesques.

© Anouk Verviers pour Exeko

dates de la résidence à venir

Ces lieux de rencontre – Caroline Laplante

« Prendre sa place en tant qu'humain.e dans les lieux que nous fréquentons tous les jours transforme le rapport à soi et au territoire. En s'y trouvant autrement, cette parcelle de territoire où on pose le pied devient une part de soi et nous pouvons ainsi en raconter une histoire qui nous met en scène, une histoire à l'intérieur de laquelle nous devenons sujet. »

Deux mots clés sont au cœur de cette résidence artistique : land art et kasàlà. Caroline Laplante invite les co-créateurs et co-créatrices à créer des installations in situ à l’aide d’objets trouvés sur place et de matériels apportés par l’artiste, mais aussi à rédiger des kasàlàs, des courts poèmes africains qui célèbrent l’humanité. Tous deux sont posés l’un à côté de l’autre pour finalement former une œuvre unique.

calendrier des événements

Journal des mythologies de Kiliane – Catherine Lalonde Massecar 
en collaboration avec Kiliane Olivier, Isabelle Anguita, Kena Molina et Chloé Barrette-Bennington

« Qu’est-ce que la mythologie ? Ce sont des histoires fabuleuses de déesses, de demi-dieux et d’héroïnes, des allégories, des fables ou encore des légendes. C’est également un ensemble de mythes qui appartiennent à un peuple et qui se créent autour de phénomènes sociaux. »

Ce projet de co-création interdisciplinaire s’inspire des thèmes des mythes / mythologies de notre quotidien (ceux de nos vies, de l’actualité, etc.) et de la démesure, c’est-à-dire l’amplification de nos récits et la transformation du paysage de notre quotidien par l’entremise d’interventions artistiques hybrides. Cette résidence de création avec la communauté mènera vers la réalisation d’œuvres de dissémination collectives et la création d’un Journal des mythologies de Kiliane.

© Félix Bowles (Péristyle Nomade) pour Exeko

calendrier des événements

Ateliers de cartographie sociale – Emmanuelle Jacques

« Dans mes ateliers de création, j'utilise la cartographie comme prétexte pour amener les gens à parler de leur milieu de vie. J'invite les participants à marquer sur une carte leurs trajets quotidiens, les lieux qu'ils fréquentent, qu'ils chérissent, leurs repaires secrets, les lieux qui leur font peur, qu'ils évitent, ceux dont ils rêvent, qui sont disparus et qui les ont marqués. Je veux connaître leurs liens intimes avec le territoire qu'ils habitent. »

Selon Emmanuelle Jacques, la cartographie est un prétexte à l’échange, une œuvre qui permet de révéler des liens invisibles mais bien réels entre les co-créateurs et co-créatrices des œuvres. Les participant.e.s sont invité.e.s à se situer sur une carte pour ensuite susciter une réflexion sur le territoire.

© Émanuelle Jacques pour Exeko

calendrier des événements

 

Voici donc les 7 projets qui vont animer les rues de Montréal. 7 co-créations sous soleil d’été. Mais pour faire de ces ateliers de véritables moments d’échanges et de partages, il vous faut vous, lecteurs et lectrices attentifs/ves, car sans vous, ces œuvres collectives en puissance ne pourront exister. Alors à toutes et tous, nous vous donnons rendez-vous dans les rues de la ville pour que nous réinventions ensemble notre espace urbain.

 

Offre d'emploi - Chargé.e des communications remplacement de 1 an - congé maternité (FERMÉ)

_image de Alisa Anton

 

Présentation de l’organisme

Exeko est un organisme d’innovation sociale basé à Montréal depuis 2006. Nous utilisons la créativité intellectuelle et artistique au service d’une transformation sociale inclusive et émancipatrice. Notre approche reconnaît avant tout le potentiel de chacun à réfléchir, analyser, agir, créer et être partie prenante de la société, quels que soient sa situation ou son parcours : nous présumons l’égalité des intelligences.

Nous employons à la fois des approches pratiques de médiation intellectuelle et culturelle, et des approches systémiques inspirées de l’innovation sociale, comme moteurs de transformation sociale, afin d’agir positivement sur la société, individuellement et collectivement : émancipation intellectuelle, prévention de l'exclusion (itinérance, crime, suicide, toxicomanie), participation citoyenne et culturelle, inter-reconnaissance, renforcement identitaire, persévérance scolaire, etc.

Exeko.org

Activité principale du poste

Sous la supervision de l’équipe de direction, et en étroite collaboration avec cette dernière, le/la chargé.e des communications a pour mandat de superviser et coordonner les communications internes et externes de l’organisme, participer à la définition des stratégies et politiques qui les régissent et appliquer ces stratégies de communication et de promotion aux différentes activités de l’organisme. Il/Elle coordonne les événements associés et mobilise les communautés autour de l’organisation (médias, partenaires, sympathisants et autres organisations).

Il/Elle s’assure également de suivre les stratégies de collecte de fonds et de promotion de services professionnels mises en place en collaboration avec le pôle partenariat et de les déployer.

Le/la chargé.e des communications est soutenu.e. à plein temps par un agent aux communications.

 

Consultez la fiche de poste dans sa version complète en cliquant ici.

Date limite de soumission des candidatures : 13 juin à midi.

Contact : rh@exeko.org