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Co-créations sous soleil d’été

Photo de couverture : © Exeko

L’été arrive et avec lui, son lot de créations collectives urbaines. Cette saison, elles sont au nombre de 7. 7 nouvelles occasions pour les habitants et habitantes de l’île de participer à la co-création d’œuvres de diverse nature, de se réapproprier l’espace urbain, de rencontrer ces hommes et ces femmes que nous n’aurions peut-être jamais rencontré.e.s. Car si toutes ces résidences artistiques sont singulières dans leur démarche artistique, toutes poursuivent aussi ce même but de repenser ensemble l’espace urbain pour faire de Montréal une ville plus inclusive. Ces projets de co-création et les personnes qui guideront les montréalais et montréalaises, nous vous les présentons aujourd’hui :

Elle était bien, la photo ? – Jani Bellefleur-Kaltush

« Pendant un moment, on peut capter un petit je-ne-sais-quoi sur pellicule. Sur le vif, un sourire, un regard. On peut se faire prendre en photo avec un(e) danseur(euse) traditionel(le) autochtone. Pour nous, les Innus, c'est quelque chose qu'on aime faire. Ça représente la grâce, l'élégance, la force de se tenir debout près de quelqu'un qui passe la majorité de son temps à baigner dans un aspect de notre culture qui nous échappe. »

Photographe et vidéaste issue de la communauté de Nutashkuan, Jani Bellefleur-Kaltush souhaite provoquer des rencontres entre des danseurs et danseuses portant une régalia, un habit traditionel de la culture autochtone, et des citoyen.ne.s de la ville de Montréal. Tout cela dans un contexte urbain. Et pour rendre compte de cette rencontre une photo. Tout simplement. Une photo pour immortaliser cet échange entre allochtones et autochtones.

dates de la résidence à venir

Tab – Aïda Lorrain

« Comment révéler l’expérience d’un lieu, qui peut être à la fois spécifique et générique, dans la grisaille de l’espace public urbain ? Par qui et pour qui l’espace public est-il conçu ? »

À l’occasion de cinq sorties, l’artiste part à la rencontre spontanée de gens se trouvant sur cinq places publiques dans la ville de Montréal, et propose de co-créer une œuvre qui révèle notre rapport à l’architecture urbaine. En effectuant une réappropriation de l’esthétique générique de l’architecture urbaine, ici incarnée par la tablette grise en plâtre, les co-créateurs observent l’architecture, le mobilier urbain et les éléments iconiques et représentent une expérience qui rend visible leur relation spécifique à un lieu. Cela prend des formes diverses selon les individus, mais la représentation gravée conserve à chaque fois un lien avec le lieu dans lequel elle se produit. Lors de la cinquième sortie, les co-créateurs sont invités à créer une construction à partir des tablettes gravées : à la fois posée contre et intégrée à l’architecture existante, elle agit en tant que dispositif critique de l’espace public.

(c) Chloé Barrette-Bennington pour Exeko

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S’il était une fois – Floriane Davin

« C’est dans la différence des uns et des autres que les récits puisent leur force. C’est dans l’imbrication des histoires que les barrières s’estompent. À travers la voix, il n’est plus question d’identité sociale ou ethnique. Ce n’est pas l’apparence de l’individu qui est mise en avant, mais la beauté des mots qu’il prononce. Ce n’est pas la qualité formelle des images capturées qui nous importe mas la poésie qui s’en dégage. Chacun a son œil, sa façon de percevoir le monde qui l’entoure, ses aventures, ses craintes et ses rêves. »

C’est un cadavre exquis audiovisuel que Floriane Davin vous propose pour ce projet. Les un.e.s après les autres, les participant.e.s construisent une courte histoire qui, par un collage vidéographique vont être reliées les unes aux autres pour ne former finalement plus qu’une seule histoire porteuse de sens.

© Floriane Davin pour Exeko

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Jaser d’utopie – Anouk Verviers

« Les conversations qui permettent de toucher un état de compréhension mutuelle et d'ouvrir de nouveaux horizons sont pour moi des œuvres en soi. La conversation est une co-création puisqu’elle nécessite un apport de chacun et une adaptation constante à l’autre. »

On peut mettre bien des choses dans une valise. Anouk Verviers, elle y range dans la sienne un salon. Chaleureux, confortable, ce dispositif modulable est propice à la conversation et permet l’inscription d’un discours ouvert et personnel dans la sphère publique. Un dispositif audio situé entre le ou la particpant.e et l’artiste et que chacun.e peut arrêter à tout moment, permettra d’avoir une trace de ces conversations utopiesques.

© Anouk Verviers pour Exeko

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Ces lieux de rencontre – Caroline Laplante

« Prendre sa place en tant qu'humain.e dans les lieux que nous fréquentons tous les jours transforme le rapport à soi et au territoire. En s'y trouvant autrement, cette parcelle de territoire où on pose le pied devient une part de soi et nous pouvons ainsi en raconter une histoire qui nous met en scène, une histoire à l'intérieur de laquelle nous devenons sujet. »

Deux mots clés sont au cœur de cette résidence artistique : land art et kasàlà. Caroline Laplante invite les co-créateurs et co-créatrices à créer des installations in situ à l’aide d’objets trouvés sur place et de matériels apportés par l’artiste, mais aussi à rédiger des kasàlàs, des courts poèmes africains qui célèbrent l’humanité. Tous deux sont posés l’un à côté de l’autre pour finalement former une œuvre unique.

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Journal des mythologies de notre quotidien – Catherine Lalonde Massecar

« Qu’est-ce que la mythologie ? Ce sont des histoires fabuleuses de déesses, de demi-dieux et d’héroïnes, des allégories, des fables ou encore des légendes. C’est également un ensemble de mythes qui appartiennent à un peuple et qui se créent autour de phénomènes sociaux. »

Ce que Catherine Lalonde Massecar nous invite à faire avec ces résidences urbaines, c’est transformer les mythologies et les redistribuer dans l’espace collectif. Chaque personne est invitée à créer / imaginer son récit mythologique pour ensuite le disséminer, de manière fictive ou réelle dans l’espace public. Chaque histoire sera, après dissémination archivée dans un Journal des mythologies.

© Félix Bowles (Péristyle Nomade) pour Exeko

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Ateliers de cartographie sociale – Emmanuelle Jacques

« Dans mes ateliers de création, j'utilise la cartographie comme prétexte pour amener les gens à parler de leur milieu de vie. J'invite les participants à marquer sur une carte leurs trajets quotidiens, les lieux qu'ils fréquentent, qu'ils chérissent, leurs repaires secrets, les lieux qui leur font peur, qu'ils évitent, ceux dont ils rêvent, qui sont disparus et qui les ont marqués. Je veux connaître leurs liens intimes avec le territoire qu'ils habitent. »

Selon Emmanuelle Jacques, la cartographie est un prétexte à l’échange, une œuvre qui permet de révéler des liens invisibles mais bien réels entre les co-créateurs et co-créatrices des œuvres. Les participant.e.s sont invité.e.s à se situer sur une carte pour ensuite susciter une réflexion sur le territoire.

© Émanuelle Jacques pour Exeko

dates de résidence à venir

 

Voici donc les 7 projets qui vont animer les rues de Montréal. 7 co-créations sous soleil d’été. Mais pour faire de ces ateliers de véritables moments d’échanges et de partages, il vous faut vous, lecteurs et lectrices attentifs/ves, car sans vous, ces œuvres collectives en puissance ne pourront exister. Alors à toutes et tous, nous vous donnons rendez-vous dans les rues de la ville pour que nous réinventions ensemble notre espace urbain.

 

Offre d'emploi - Chargé.e des communications remplacement de 1 an - congé maternité

_image de Alisa Anton

 

Présentation de l’organisme

Exeko est un organisme d’innovation sociale basé à Montréal depuis 2006. Nous utilisons la créativité intellectuelle et artistique au service d’une transformation sociale inclusive et émancipatrice. Notre approche reconnaît avant tout le potentiel de chacun à réfléchir, analyser, agir, créer et être partie prenante de la société, quels que soient sa situation ou son parcours : nous présumons l’égalité des intelligences.

Nous employons à la fois des approches pratiques de médiation intellectuelle et culturelle, et des approches systémiques inspirées de l’innovation sociale, comme moteurs de transformation sociale, afin d’agir positivement sur la société, individuellement et collectivement : émancipation intellectuelle, prévention de l'exclusion (itinérance, crime, suicide, toxicomanie), participation citoyenne et culturelle, inter-reconnaissance, renforcement identitaire, persévérance scolaire, etc.

Exeko.org

Activité principale du poste

Sous la supervision de l’équipe de direction, et en étroite collaboration avec cette dernière, le/la chargé.e des communications a pour mandat de superviser et coordonner les communications internes et externes de l’organisme, participer à la définition des stratégies et politiques qui les régissent et appliquer ces stratégies de communication et de promotion aux différentes activités de l’organisme. Il/Elle coordonne les événements associés et mobilise les communautés autour de l’organisation (médias, partenaires, sympathisants et autres organisations).

Il/Elle s’assure également de suivre les stratégies de collecte de fonds et de promotion de services professionnels mises en place en collaboration avec le pôle partenariat et de les déployer.

Le/la chargé.e des communications est soutenu.e. à plein temps par un agent aux communications.

 

Consultez la fiche de poste dans sa version complète en cliquant ici.

Date limite de soumission des candidatures : 13 juin à midi.

Contact : rh@exeko.org

Itinéraire de lumière

Par Audrey Mallet avec la participation de Manon Beauchemin

Photo de couverture : © Audrey Mallet pour Exeko

 

Du 20 mars au 30 mai 2017, Exeko proposait une série d’ateliers Biblio-libre, en partenariat avec la BAnQ, dans six lieux liés à l’itinérance. Sept thèmes ont été abordés : le rêve, la fête, la mémoire, les étoiles, la mort, les monstres. Et puis la nuit, juste la nuit,thème transversal de tous nos ateliers.

Ces ateliers de lecture puis d’écriture étaient en fait de véritables moments d’échanges, de rencontres, où médiatrices, bénévoles, bibliothécaires et participants réfléchissaient ensemble à partir de fragments de textes et d’images. Des textes et des images choisis avec soin par les médiatrices d’Exeko, parfois aussi proposés spontanément et avec une grande pertinence par les participant.e.s. Audrey, bénévole ayant participé aux ateliers à l’Itinéraire, témoigne de cette expérience enrichissante :

À rebours. J’ai envie de vous parler d’abord de la fin, de ce dernier atelier émouvant où Yves, l’un des participant.e.s, a les mots justes pour décrire ce que je ressens si fort depuis que je suis bénévole pour Exeko : « c’est essentiel, cette présomption de l’égalité des intelligences. Exeko, c’est la renaissance d’une posture que j’essaye d’avoir depuis toujours. » 

Cette égale capacité à interroger le réel quand on nous donne les bonnes armes pour le saisir, en extirper le sens, en débattre. Nous nous ressemblons beaucoup, autour de la table du café de l’Itinéraire. Nous avons ce même regard curieux et un appétit insatiable. Apprendre, s’abreuver aux racines d’autres arbres, ces grands arbres que nous sommes tous dans la forêt touffue du savoir. Tour à tour, avec beaucoup de respect et de bienveillance, on s’écoute et se raconte (oui, les arbres ont la parole), puis tout imprégnés de ce que les autres nous livrent de ces extraits de livres, on grandit, s’étire vers la lumière.

© Audrey Mallet pour Exeko

La nuit, que l’on décrit, rêve et interroge au prétexte de la littérature. À chacun de nos ateliers demeure cette dichotomie, elle est simple je crois, un peu naïve mais si juste pourtant. La nuit, le jour, deux faces inverses dans le miroir. Cela revient si souvent dans nos conversations, et toujours l’on s’en étonne, on s’attache à trouver toutes les nuances de gris entre ce qui trop souvent s’oppose, le sombre à la lumière, le sommeil et le rêve, le bien, le mal, le silence et le bruit. J’aime cette attention aux détails, nos longues errances communes autour d’un mot, d’une tournure qui semble changer le ton. 

Que nous dit-on, et que lit-on ? Est-ce que l’un de nous ou l’auteur a raison ? On apprend à saisir les subtiles étapes, entre ce que l’un pense, et puis ce qu’il en dit, entre ce qu’il en reste après des décennies, des siècles parfois, et comment on le saisit plongé dans l’aujourd’hui, nos cerveaux imprégnés de cette distance, de notre époque, de notre histoire singulière aussi. On se réjouit de la diversité de nos regards, de ce qu’on est capable de décrire à partir d’un même texte. Et c’est si beau, de décortiquer ensemble ces couches-là, de s’étonner de ce que l’on ne comprend pas, et puis de rebondir, de rêver, de repartir, parce qu’un des camarades a tendu le flambeau, éclairant tout à coup le texte obscur de la lumière de l’esprit.

Sentinelles. C’est drôle. Quand je découvre que vous avez choisi ce nom-là pour le livre de vos écrits, mes ami.e.s camelots, je me dis qu’on est en plein dedans, et je vois briller vos lanternes, ces étoiles qu’au bout de nos bras on se passe et l’on tend, dans la nuit justement. Je reconnais bien là aussi ce qu’Exeko repousse : l’obscur, c’est-à-dire la peur, l’intolérance ou juste le ténébreux continent de ce que l’on ne sait pas.

© Audrey Mallet pour Exeko

La matière de base de ces écrits porteurs et le médium de nos échanges ? Le français, notre langue commune. Le français riche et multiple, lien profond entre toutes nos étrangetés. Mustafa est né au Maroc, Cindy au Québec, moi en France. « Le français, si je le parle, si je l’adopte, cela devient ma langue aussi, c’est un butin » assure Mustafa en citant Kateb Yacine. Kateb Yacine, me voilà touchée en plein coeur. L’un de mes auteurs préférés. On lit aussi des textes de Sarraute, de Réjean Ducharme évidemment, d’Éluard, d’Hector de Saint-Denys Garneau, de Cioran, on récuse ensemble l’apparente simplicité d’Épicure et se moque des contradictions de Nietzsche, on se soutient pour traverser le torrent de la langue, la déferlante, atterrissant souvent périlleusement mais sans glisser jamais sur les pierres immortelles que sont les œuvres des autres, ces pages qui nous marquent, qui nous portent, et que l’on porte à notre tour.

Alors on ne peut pas tout à fait fermer la porte, après tout ça. Des liens se sont tissés. Josée et Manon participent à un projet de correspondance intergénérationnelle que j’ai lancé entre des femmes francophones. J’ai commencé la lecture d’Une éducation sans école, le formidable livre dont Mustafa m’avait parlé et dont le sujet me parle tant. Yves m’a appelé pour s’assurer qu’on se reverrait bientôt. Et puis mardi dernier nous étions à nouveau réunis pour le lancement de Sentinelles, le livre qui revient sur 25 ans d’écriture dans le journal l’Itinéraire. Des liens se sont tissés, et si discrète notre petite galaxie scintille encore dans la nuit.

© Audrey Mallet pour Exko

 

Les ateliers Biblio-Libre tirent à leur fin et…

Par Clara Déry

Photo de couverture : © Émily Laliberté pour Exeko

Les ateliers Biblio-Libre tirent à leur fin et…

Je trouve ça un peu dommage. Dans mon petit quotidien d’étudiante, c’était comme la classe la plus riche à laquelle j’assistais, celle où j’apprenais le plus chaque semaine. C’était mon petit bonheur hebdomadaire. 

Ce qu’on faisait pendant les ateliers Biblio-Libre, c’était de prendre, un par un, des fragments : des extraits de textes, des peintures, des films. Par après, la démarche était très simple, mais loin d’être anodine; on en discutait, on partageait nos impressions sur le vif et on tentait d’approfondir les contenus, de les contextualiser, de les lier entre eux.

À tous coups, ce qui me plaisait, c’était l’authenticité de chaque idée qui était amenée à la discussion.

Personne n’avait de connaissances absolues; personne n’avait la Vérité. Les jugements n’avaient pas du tout leur place. C’était une question de dialogues, de critiques, de points de vue partagés ou non.

Et pour toi, Le Cri de Munch, ça t’évoque quoi ? Et pour toi, cet extrait de L’Art de la guerre, de Sun Tzu ? Et pour toi, la démarche d’Hannah Arendt ?

© Gaëtan Nerincx

Il y avait, derrière ces discussions, un tout autre rapport à la connaissance et à la culture de celui que j’avais appris à entretenir par le biais des institutions scolaires.

Évidemment, mon propos n’est pas du tout de dire que les institutions comme les universités n’ont pas leur place, qu’elles ne remplissent jamais leur rôle, qu’elles sont gangrenées, loin de là. Je ne fais peut-être tout simplement pas partie des personnes qui cadrent dans ce modèle éducatif.

L’idée qui me trotte dans la tête n’est pas dans la critique, mais dans le questionnement. Se pourrait-il que les connaissances qu’on cultive, on les cultive en vase clos ? Il me semble qu’on chérit le savoir, oui, mais qu’on le garde bien opaque. Qu’on valorise la connaissance, mais à travers le cadre d’institutions, au sein de cercles fermés, dans un vocabulaire abracadabrant.

À quoi bon écrire des centaines et des centaines de pages, si ce n’est, finalement, que pour pouvoir en parler avec quatre ou cinq personnes sur Terre ? Bref, à quoi bon savoir, si on est plus capable de le rendre audible à quelqu’un.e d’autre ?

Alors… toute cette culture, toutes ces connaissances, à quoi c’est censé servir finalement ? À diviser les gens qui savent décrypter les livres, et ceux qui ne savent pas ?

C’est exactement là, à ce point-là du problème, que les ateliers d’Exeko entrent en scène.

Sur la base du principe selon lequel toutes les intelligences sont égales, les médiatrices et médiateurs mènent à bien des séances qui incarnent une autre conception du savoir et de la culture.

Ils et elles sont porteurs et porteuses d’une vision qui considère tous les points de vue sur un même pied d’égalité, et qui refuse de sous-estimer les bagages culturels de chacun.e.s. Un exercice collectif où les livres, les théories, les arts, l’Histoire, la sociologie deviennent de vraies plateformes à partir desquelles on peut engager un dialogue.

Les ateliers Biblio-Libre, c’était un foisonnement intellectuel riche sur tous les plans. C’était la découverte d’une culture des-encarcanée et créative qui résonne davantage, qui rassemble. Ça commence là, la valorisation du savoir et de la culture.

© Francesca Ferrari