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L'actualité d'Exeko, de ses programmes et projets, de ses nouvelles collaborations et coups de coeurs, vue par quelques membres de son équipe.

La légende des arbres

Photo de couverture: Jean Leclair pour Exeko

Quand je repensais au Trickster, ce personnage malin et fripon, jonglant entre rêve et réalité, qui apporte simplicité et autodérision comme le sérieux le plus total dépendamment de l'état dans lequel on se trouve, je me disais qu'un peu de rêve vu à travers des yeux d'enfants ne pouvait pas nous faire de mal après des mois d'hiver qui glacent l'optimisme.

La première éditon de Trickster@MTL avait laissé de beaux souvenirs dans les esprits de chacun des spectateurs présents ce soir là, et nous étions tout aussi intrigués de découvrir cette seconde présentation qui favorisait cette fois l'interaction avec le public, les artistes et les jeunes. Nous étions presque 100 rassemblés ce lundi pour découvrir les extraits de Mitik Atsokan, un conte traditionnel Anishnabe transmis aux enfants au début du processus de création il y a plus de 5 mois par Véronique Thusky, notre d'Aînée et conteuse pour ce projet Trickster.

 

En coulisse avec les Vivaces(c)Jean Leclair pour Exeko

 

Pendant 5 mois, Richard, Destiny, Tania, Tabia, Mark, Jaden, Joy, Luka et Emmy, encadrés par Pierre-Paul Savoie, metteur en scène, Émilie Monnet, collaboratrice à la mise en scène et artiste-intervenante, Benoît Côté et Geronimo Inutiq, compositeurs, l'équipe des Vivaces pour la scènographie et Alan Harrington pour la danse traditionnelle, ont mis en scène, construit les décors et interprété à leur sauce la Légende des arbres, un mythe qui raconte l'histoire des Nintem Anishnabek, les Premiers Humains qui communiquaient avec tout ce qui les entourait, et avec les arbres qui leur répondaient grâce au vent.

Pour ces extraits d'une quinzaine de minutes, la scène était magnifiquement décorée d'un arbre majestueux dont les feuilles et les fleurs, faites de bouteilles plastiques, accotaient un tipi devant lequel passait parfois un poisson (volant pour l'occasion) scintillant dont les écailles n'étaient autre que de vieux cds accrochés les uns aux autres.

 

Émilie devant l'arbre (c)Jean Leclair pour Exeko

 

Poisson volant(c)Jean Leclair pour Exeko

 

Premiers humains parlant avec les arbres et le vent.
La douceur de la rêverie commençaient à refaire surface à mesure que la pièce avançait. Sourires dans la salle, rires à chaque coin, opération était en route.


Le dialogue entre le personnage principal et les arbres était rythmé par la musique de Geronimo et Benoît, artistes talentueux qui se sont joints à l'équipe pour cette 2ème édition, et par les danses, acrobaties et jeux des 9 jeunes comédiens Autochtones, Métis et Inuits.

La représentation s'est terminée par des échanges entre les jeunes et le public, et le sentiment de fierté de ces tout jeunes comédiens amateurs était la plus belle représentation que nous pouvions espérer.

 

Final (c)Jean Leclair pour Exeko

 

Le sourire des enfants, et la poésie du conte qu'ils ont présenté entre les murs du Centre d'Amitié Autochtone par ce soir de tempête avaient réussi à captiver l'auditoire composé de familles aussi fières que leurs enfants, de nos partenaires touchés, des équipes du projet comblées et attendries et surtout, ils avaient réussis à créer un moment de partage intime autour d'une légende pleine de sens, à réveiller un peu en nous les Premiers Humains endormis par le froid.

Merci à eux !

 

Retrouvez toutes les photos du projet Trickster@MTL sur notre compte flickr !

 

Nous remercions les bénévoles présents pour leur soutien aussi essentiel qu'indispensable au bon focntionnemnt des projets d'Exeko, Sarah Bengle, Jean Leclair et Jrene Rahm nos photographes et vidéastes pour les belles images qu'ils laissent derrière eux, le Centre d'Amitié Autochtone de Montréal pour sa collaboration, le groupe Banque TD pour son support cette année encore, le Ministère de la Culture et des Communications et la Ville de Montréal pour leur soutien dans le cadre de l'entente pour le développement culturel de Montréal.

 

exeko.org/trickster

 

Premiers mois d'idAction au Module du Nord Québécois

Début octobre débutait une nouvelle collaboration du programme idAction avec le Module du Nord Québécois. Dans ce contexte tout à fait particulier, un trio de médiatrices constitué d’Alexandra, Marie-Paule et Marie-Pierre ont mis en place des ateliers chaque mardi soir.

Au Module du Nord, plusieurs centaines d’Inuit sont hébergés chaque année lorsqu’ils  viennent chercher des soins médicaux. Aussi, leur séjour peut varier de quelques jours à plusieurs semaines. Beau défi pour notre trio, qui rencontrent quasiment chaque semaine une salle pleine de nouveaux visages. De ce défi est née l’idée de réaliser une grande bannière collective, sur laquelle chacun peut, tout en discutant, laisser une petite trace de son passage. Après plusieurs semaines de peinture est venu le temps de coudre, et c’est avec humilité et curiosité que nos médiatrices ont mis la main à la pâte, en apprenant les rudiments de la couture, appuyées par Jrène, une bénévole aux doigts de fée.

 

« Nous apprenons à chaque semaine à adapter notre proposition de médiation au MNQ. Il aurait été bien prétentieux de savoir ce dont les gens avaient besoin en arrivant. Notre première présence au MNQ en a été une de découverte, d'apprentissage, d'écoute du terrain et d'essais. »

Marie-Paule Grimaldi, médiatrice

Dans ces ateliers qui réunissent de 10 à 30 participants de tous âges chaque semaine, le trio de médiatrice a mis en place des projections de films portant sur divers aspects de cultures autochtones.  Ces films  et la fresque créent un référent, un objet autour duquel peuvent venir se greffer et graviter les discussions. « Rencontres intergenerationnelles et positives sur toute la ligne et beaucoup de conscientisation autour de sujets difficiles comme les déportations forcées de familles Inuit dans les années 60, sujet du film Martha of the North. », raconte Alexandra à son retour de l’atelier de cette semaine. Ainsi s’opère la magie de la médiation…  Marie-Paule  décrit l’appropriation naturelle de la bannière par les petites mains qui y contribue. Les participants ont même réussi à obtenir l’autorisation de continuer l’ouvrage après le départ de l’équipe.

 

Travail autour de la bannière (C) Exeko

« Nous faisons trois choses au MNQ: de l'empowerment culturel, aider à créer des espaces d'échange intergénérationnels et participer à un dialogue allochtone-inuit basé sur l'hospitalité. Ce sont trois actions majeures en prévention. Je suis persuadée qu'un fort sentiment d'appartenance et de fierté à sa communauté et la perspective dans un monde où il est possible de prendre sa place en co-construction sont des dispositifs qui aident un être humain à s'épanouir. Notre intérêt envers les Inuit et notre souci de réfléchir à leur accueil à Montréal est nécessaire pour faire tomber certains préjugés, une ignorance et une méfiance qui ne servent personne. »

Marie-Paule Grimaldi, médiatrice

 

 

Ce mois-ci, dans le cadre d’un autre contrat, Marie-Pierre était en déplacement au Nunavik, à Inukjuak! Aussi, quelle belle surprise pour notre médiatrice de retrouver quelques participants rencontrés dans le cadre des ateliers! « Ce voyage m'a fait réaliser à quel point le YMCA est un lieu commun et habituel pour les inuit du Nunavik. C'est un séjour obligé et régulier pour le monde. Et leurs réaction quand je leur expliquait ce qu'on y fait: "Wow! When is this? I want to come!", avec les yeux pétillants et tout. Il y en a même un qui veut se faire envoyer le coffret DVD chez lui. Il ne peut attendre de venir au Sud. », nous partage-t-elle. Marie Pierre nous raconte ses discussions dans le Nord au sujet des participants d’idAction Mobile en situation d’itinérance. Elle décrit l’empathie et la sympathie de ses interlocuteurs, à l’issue de la discussion, au sujet de leurs concitoyens marginalisés de Montréal. Plusieurs lui mentionnent leur intérêt à venir participer aux ateliers du Module du Nord lors de leur passage à Montréal

La semaine prochaine, une sortie aura lieu avec un groupe du Module du Nord au Musée Mc Cord. Début mars, une journée de pêche blanche dans le Vieux Montréal permettra à chacun de partager ses savoirs… A suivre!

 

 

 

Maison de rêve...

Lundi, j’embarquais à bord de idAction Mobile pour la soirée. A mes côtés, un équipage de choc, une fois de plus. Simon Chalifoux, anciennement bénévole de longue date, médiateur depuis le début de l’année, effectuait sa première soirée officielle en temps que médiateur pilote ! L’équipe se voyait ce soir là bonifiée de la présence douce et exceptionnelle de Suzanne Doucet et Colleen Lashuk, deux architectes professionnelles venues proposer il y a quelques mois un projet, « maison de rêve », à Exeko.

« Maison de Rêve », c’est avant tout l’idée selon laquelle chacun à le droit de laisser voguer son imaginaire et de rêver au chez soi idéal. A son « home » parfait. Est-il dans un arbre ? Sous terre? A-t-il des murs en verre ? Qui sont les voisins ? Que voit-on par la fenêtre ? Autant de questions qui permettent de passionnantes discussions… Nous avons débuté la collaboration avec Colleen et Suzanne il y a plusieurs semaines. Très à l’écoute, les deux femmes sont allées observer le déroulement des ateliers de médiation sur idAction à la Maison du Père et à l'Accueil Bonneau, ainsi que sur idAction Mobile. Est née une série d’ateliers visant in fine la réalisation concrète de modèles de ces maisons de rêve. L’atelier - enrichi par les conseils de notre équipe des médiateurs - était fin prêt, et nos deux architectes sont allées l’inaugurer à la Maison du père.  Après un atelier plus réflexif, le second s’est tourné vers la création, avec réalisation de maquettes. Déjà les perceptions variaient : chez soi individuel, habitat naturel, refuge géant…

Lundi soir, nous abordions la 3e étape de ce beau projet, et allions récolter dans les rues de Montréal le feedback de nos participants idAction Mobile sur ces premières maquettes, afin de le rapporter à leurs créateurs ce jeudi. Premier arrêt au métro Place des Arts. L’heure tardive et le froid ambiant créent une ambiance un peu agitée, mais les maquettes, exposées à même les couloirs de métro, font naitre des commentaires. Plus d’animaux sur celle ci ! Celle là, je n’aimerais pas habiter dedans, ça manque de lumière ! La vue de cette maison là devrait être un village !

Expo métro (c)Ddecollasson@Exeko

Nous prenons ensuite la route de Projets Autochtones du Québec. Là encore, nous exposons les maquettes, qui récoltent quelques commentaires. Mais c’est avant tout la participation de 3 hommes qui marquera cet arrêt de près de 2 heures !

Ancien architecte, Joshua s’empare de larges feuilles blanches et de feutres, et entreprend la réalisation de sa maison idéale Bungalow house, sur laquelle il inscrit nos prénoms en inuktitut, à notre ravissement. Je suis rebaptisée Tulutia, ça sonne tellement doux dans les oreilles…

Bungalow House (c)Ddecollasson@Exeko

De son côté, Andy choisit de réaliser la maquette de sa propre maison de rêve. Suzanne s’installe à ses côtés, et débute un magnifique travail d’équipe, dirigé d’une main de maître par Andy, qui n’hésite pas à tout remettre à plat pour remodeler le terrain à son idée. Les arbres émergent, ainsi qu’un lac dans lequel on peut pêcher des poissons fantômes. Une maison longue / tente apparaît sur le terrain, que Andy identifie comme étant le «  Stewart Lake ». Son visage irradie de bonheur pendant l’activité, on est tous fascinés. Un participant regarde le travail achevé. Il reconnaît Stewart Lake, et Andy s’empresse de lui expliquer sa démarche de construction.

Stewart Lake (c)Ddecollasson@Exeko

 

Nous terminons la soirée par une leçon de pêche au harpon donnée par Andy, improvisée autour de poissons fantômes – des mitaines ce soir là ! Les cuisses endolories par la posture d’attente, nous écoutons le récit d’Andy qui nous en enseigne les rudiments, transmis par son père. C’est à regret  et poussés par l’heure tardive que nous quittons les lieux, tandis que plusieurs personnes arrivent, intéressées par l’activité !

Leçon de pêche (c)ColleenLashuk@Exeko

Jeudi, Suzanne et Colleen feront une nouvelle fois la liaison entre les participants d’idAction et d’idAction Mobile. L’objectif final ? Une exposition dans un lieu public, pour présenter les visions du chez soi qui leur seront partagées.

 

Découvrez les photos de Maison de rêve sur notre flickr !

 

Un mercredi à l'Accueil Bonneau

Si je pouvais me faire une idée précise de ce qu’était la médiation culturelle, particulièrement en milieu muséal, rien ne pouvait préparer à l’aventure d’un atelier de médiation intellectuelle idAction dans un centre de jour. Nouvellement arrivée comme collaboratrice chez Exeko depuis une semaine (et de même fraichement débarquée au Québec), la secousse s’est faite le mercredi 11 février 2015 à l’Accueil Bonneau. C’était ma première approche, ma première expérience terrain de médiation, et quel terrain. Quand Nadia m’a parlé pour la première fois de la médiation intellectuelle, la notion m’a frappée, en droit j’arrivais à en saisir les contours, mais quid facti? Comment tisser un lien avec des gens que la société cherche à tout prix à repousser, comment leur donner la parole alors que de partout on essaie de les faire taire?

La médiation du jour tournait autour du thème de la rencontre marquante et de l’influence. Il s’agissait tout d’abord de compléter la phrase «l’influence c’est comme…». Les premières voix s’élèvent d’abord timidement : «brainwashing » «la télévision», «les mauvaises influences». Puis au fur et à mesure que l’atelier se déroule, s’anime, des arrivées des intervenants, on se rend vite compte que nos influences ne sont peut-être pas si négatives, que les gens qui ont changé notre vie, qui ont influencé nos actions l’ont souvent été pour le meilleur. A quel moment s’est fait ce retournement d’une vision négative d’un terme à une terminologie bien plus positive, je ne sais pas. Comme le faisait remarquer Chocko, l'une des personnes présentes à l'atelier : «Exeko c’est aussi thérapeutique». Et c’est sans doute ça la magie -ou en tout cas comment elle a opéré sur moi-, ce glissement thérapeutique, à travers une expérience humaine forte. Je ne sais pas si j’aurais la chance de retourner sur le terrain, mais je peux dire que j’y ai vécu une des belles expériences de ma (courte) vie, et je tiens à remercier les participants de l’Accueil Bonneau de m’avoir si chaleureusement acceptée parmi eux.

Pour plus d'informations sur le programme idAction, consultez notre page sur le site : exeko.org/idaction.

 

(C) Missy Schmidt