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Appel à projet pour Métissages Urbains

English bellow


 

Début de la résidence : Mars 2017
Dates de réalisation : Mars à juin (4 mois)
Date limite d’envoi de la candidature : Jeudi 16 février 2017

 

Métissages Urbains accueille des artistes en résidence dans notre espace commun : la rue. Accompagné.es d’un médiateur ou d’une médiatrice de notre équipe, les artistes co-créent des oeuvres (peinture, son, projection, architecture...) avec les passants afin de créer un lieu d’échanges et de rencontres improbables entre tous les citoyens et citoyennes. Chaque projet stimule notre créativité, nous invite à apprendre et à échanger nos idées !

La présente résidence est mise en oeuvre grâce au soutien financier de la Fondation Inspirit et vise spécifiquement à mettre en place des espaces de rencontre créative entre autochtones et allochtones dans le but de briser les préjugés identitaires. Grâce à des situations égalitaires de collaboration et échange de savoirs, le projet permettra à la voix de jeunes artistes et citoyens autochtones, trop peu entendues, de se faire entendre.

Profil des candidat.e.s

Nous recherchons un ou une artiste :

  • Autochtone ou s’identifiant comme tel
  • Avec un parcours artistique en devenir ou significatif
  • Faisant preuve d’ouverture d’esprit
  • Ayant un intérêt pour les processus de co-création dans l’espace public
  • Souhaitant travailler auprès de populations en situation, à risque ou à expérience vécue d’exclusion

Toutes les disciplines sont les bienvenues.

Les duos ou collectifs sont acceptés (sans modification du cachet).

Découvrez l'appel à projet au complet ici ou ci-dessous

Intéressé.e ?

Les candidatures sont ouvertes jusqu'au 16 février 2017

Remplissez le formulaire suivant puis envoyez votre candidature par courriel à metissages@exeko.org

 




 

Beginning of the residency: March 2017
Realisation dates: March to June (4 months)
Application deadline: February 16, 2017 

 

Métissages Urbains offers artist residencies in our common space: the streets. Accompanied by a facilitator from Exeko, the artists co-create art pieces (painting, sound, projection, architecture…) with passersby in order to open a space of exchange and improbable encounters between all citizens. Each project stimulates our creativity, and invites us to learn and to exchange our ideas!    

The current residency is made possible thanks to the financial support of the Inspirit Foundation and specifically aims to create spaces of creative encounters between indigenous and non-indigenous people; with the objective of fighting identity-based prejudices. Thanks to egalitarian settings of collaboration and of knowledge transfer, the project will allow the far too seldom heard voice of young indigenous artists and citizens to be heard

Profile of the candidates

We seek an artist:

  • Indigenous or self-identifying as such,
  • With a significative or growing artistic path,
  • Open-minded,
  • With an interest for co-created and public spaced processes,
  • Wishing to work with populations at risk, with experience of, or presently experiencing exclusion.

All disciplines are welcomed.

Duos and collectives are accepted (without modifications of the fee).

Discover the entire call for project right here or bellow

Interested?

Please submit your project proposal to metissages@exeko.org

Before the 16th of February 2017

Specify in the subject line: «Candidature Métissages/Inspirit».

 


Partenaires du projet • Project's partners

 

Quand la santé visuelle devient un levier d’accessibilité à la culture et aux savoirs

Parce que nous avons tous et toutes la capacité de participer, créer et réfléchir notre société, Exeko rend accessible des espaces de co-création de culture et de savoirs à travers les rencontres et les ateliers initiés dans le cadre d'idAction Mobile et Biblio-libre. Au fil du temps, les médiateur.trice.s à Exeko ont été les témoins des troubles de vision chez les participant.e.s. Des problèmes qui se traduisent par des difficultés à lire, à écrire, à apprécier les couleurs, les mouvements ou autres formes d’art et de savoir. Une barrière qui limite l’espace de perception et de communication des participant.e.s ainsi que leur champ de création, d’échange et d’expression.

Se limiter à la seule distribution de lunettes de lecture à bas coût (350 lunettes en 2016) est une réponse d'urgence mais insuffisante. Exeko, en collaboration avec la Fondation de la Famille J.W. McConnell et la Green Shield Canada Foundation, a décidé d'aller de l'avant avec incluVision, une initiative qui vise à favoriser l’accès aux savoirs et à la culture en répondant aux facteurs limitants l’accessibilité à la vue en milieu urbain1 et dans le Nord du Canada2.

 

Je veux des lunettes parce que cela me facilite la vie et je suis plus à l’aise à faire les activités que j’aime faire dans la vie. Lire et regarder des films et vivre en général. Merci pour cette opportunité. – Une participante - Médecin du Monde, Novembre, 2016.

 

En partenariat avec la clinique d’optométrie Optopop3 et le Bonhomme à lunettes4, nous avons mené cet automne un projet pilote de dépistage de la vue qui vise à tester de nouvelles technologies5 et méthodes d’intervention dans les centres et refuges partenaires (Chez Doris, Pas de la Rue, Auberge Madeleine, Foyer pour Femmes Autochtones, Café Mission, Centre d’Amitié Autochtone de Montréal, Médecin du Monde, etc.).

 

Ça va m’aider à faire des projets artistiques. Le fait de voir les yeux des autres va aussi m’aider à changer avec eux. Une participante au projet pilote de dépistage – Foyer pour femmes autochtones. Novembre, 2016.

 

Crédit Exeko - Projet pilote de dépistage à Montréal (Automne 2016):  Rencontre entre participante, opticien et optométriste.

 

L’objectif est de mettre en place un modèle de dépistage efficace et durable en utilisant de nouvelles technologies portatives à faible coût et facile à utiliser. Ainsi, ce diagnostic préventif à grande échelle permettra de détecter les troubles de la vision et à alerter les professionnels en santé visuelle en temps réel.

 

L’impact d’avoir une bonne vision est primordiale pour les femmes que nous hébergeons. Elle est la base de l’accessibilité à l’information, de l’accomplissement des activités quotidiennes, elle améliore la capacité d’entamer des démarches (remplir des formulaires, par exemple) ainsi que la possibilité de pouvoir pratiquer des activités de détente, comme la lecture. En ce sens, votre projet permet l’amélioration de leur condition de vie. Daphnée Quentin - Coordonnatrice de projets – Auberge Madeleine.

 

Notre projet pilote sera complété par deux initiatives en 2017 :

La participation à la clinique mobile de la vue de l’École d’Optométrie de l’Université de Montréal dans la région de Montréal.

Un projet de dépistage dans quelques communautés autochtones dans le Nord.

Pour Exeko, promouvoir une bonne santé de la vue comme levier d’accessibilité à la culture et aux savoirs, c’est donner un rôle central à chaque acteurs et actrices6 de devenir une ressource incontournable de toute action inclusive.

 

Ce projet est rendu possible grâce au soutien de : 

                                                                                        


 

1Personnes à risque, en situation ou à expérience vécue d’exclusion sociale

2Les communautés autochtones

3portesoranges.com/examen-de-la-vue-a-montreal/

4www.bonhommealunettes.org

5www.EyeNetra.com

6Pédiatres, infirmier.e.s scolaires, responsables et intervenant.e.s ressources aux programmes d’aide aux personnes seules et itinérantes, en éducation et en culture, citoyen.ne.s..

 

Expérience en terre québécoise

Par Caroline Foujanet

Un coeur qui danse devant la page blanche

Recherchiste et chroniqueuse rencontrée il y a quelques temps lorsqu'elle présentât à plusieurs reprises les initatives d'Exeko à Montréalités sur MATv, nous accueillons aujourd'hui Joakim parmi notre très belle communauté de bénévoles et lui laissons la parole.


Par Joakim Lemieux

Sur l’heure du lunch, Chez Doris, il y a pas mal d’action. Et ça sent la soupe. Alors que certaines femmes attendent en file pour le repas en discutant bruyamment, d’autres se tiennent loin de la cohue et font leurs petites affaires dans leur coin. À la table où je vais m’asseoir, une femme me sourit et libère la place près d’elle pour que je m’y installe avec mon cabaret. À la table d’à côté, une femme mange en silence, une fatigue pesante dans les yeux. Il y a de bonnes et de mauvaises journées, c’est ainsi.

 

L'après-midi dans ce refuge de jour pour femmes, on ne s'ennuie pas : yoga, atelier de cuisine, atelier sur la gestion de stress, cours de photo… et l'atelier d’écriture donné par Tiphaine, la médiatrice de chez Exeko que j'accompagne. « C’est pour ça que je suis là » dis-je à Michelle, ma voisine de table. Je lui explique le déroulement de l’atelier et l’invite à se joindre à nous. À l’instar de plusieurs des femmes à qui j’ai présenté cet atelier au fil des semaines, Michelle me répond qu’elle n’est pas très douée avec les mots, qu’elle n’a pas ce qu’il faut. À ses insécurités, je rétorque qu’il ne s’agit pas d’écrire des chefs d’oeuvre, mais plutôt de libérer la parole, de laisser tomber sur le papier quelques parts de clarté ou d’ombre qui sommeillent en chacune de nous. Et comme le dit si bien Tiphaine : « Nous sommes toutes les mêmes devant la page blanche ».

 

Le geste d’écrire a effectivement quelque chose d’intimidant, et pas seulement pour celles qui ne l’ont pas expérimenté souvent. Je vis toujours un moment d’insécurité devant mon carnet ouvert et vide. J’en ai vécu un avant d’écrire ce billet. J’écris quelques mots, puis je les biffe. J’en écris un autre que je biffe à nouveau avant de trouver celui qui fera finalement débouler tous les autres. À force d’hésiter et de chercher la perfection alors que, pourtant, personne ne me l’exige, je suis souvent celle qui termine après les autres les activités que nous propose Tiphaine dans son atelier.

 

Devant la page blanche, je suis une tête qui réfléchit alors que je devrais être un coeur qui danse. Ce glissement tout naturel de l’émotion vers le papier, les autres participantes ont souvent beaucoup moins de mal que moi à le comprendre.

 

 

(crédits) Exeko

 

Explorer l’horizontalité

 

Pendant que nous mangeons, Michelle et moi discutons de tout et de rien, de petites et de grandes choses, de l’élection de Trump, d’ennuis de santé, d’animaux de compagnie, d’école, de relations amoureuses toxiques. Puis, sincèrement intéressée à mieux me connaître, Michelle me demande : « Pourquoi est-ce tu fais du bénévolat ? Ça te fait du bien d’aider les autres ? »  Curieusement, la question me met mal à l’aise.

 

Chez Exeko, la posture éthique avec laquelle on pense et développe les activités sur le terrain est celle de la présomption de l’égalité des intelligences. On considère que chaque personne est capable, avec le bagage dont elle dispose, de réfléchir et d’agir sur son propre monde et sur celui qui l’entoure. Dans nos ateliers d'écriture, il n'y a pas de différence entre moi, Tiphaine et les autres femmes. Je me soumets aux mêmes exercices et j’accepte de partager avec elles de petits bouts de mon intimité. Nous sommes dans un rapport qui se veut absolument horizontal, avec toute la sensibilité, l’humilité et l’ouverture à l’autre que ça demande.

 

C’est peut-être là, la source de mon malaise : le bénévolat que je fais pour Exeko, ce n'est pas du bénévolat « ordinaire ». Si ça me fait du bien, ce n’est pas parce que j’ai l’impression d’aider mon prochain et que j’en retire une forme de valorisation toute personnelle. Je ne vais pas Chez Doris pour donner un coup de main à l’organisme ou aux femmes qui le fréquentent. Bien entendu, je souhaite que ces dernières sortent des ateliers avec un petit quelque chose en plus. Nous espérons, Tiphaine et moi, semer une graine en elles qu’elles vont peut-être nourrir et qui va pousser et les habiter encore longtemps.

 

En fait, ce qui me fait vraiment du bien, c’est plutôt de passer un moment privilégié avec des femmes que je n’aurais pas, ou rarement, l’occasion de rencontrer autrement.

 

C’est tout. Et c’est beaucoup en même temps.

 

Ces occasions de rencontre, elles sont si peu nombreuses. Elles sont précieuses. Il faut les multiplier, encore et encore. Parce que bien que nous vivions dans la même ville, dans cette même urbanité étroite et en constante mouvance, nous évoluons trop souvent dans des réseaux distinctifs dont les contours ne se croisent jamais.

 

Une relation qui se construit

 

L’heure du lunch tire à sa fin et Michelle m’annonce qu’elle ne pourra pas se joindre à nous. Elle a trop de choses à régler aujourd’hui, me dit-elle. Mais, la semaine prochaine, qui sait ? Je l’informe que nous serons là et que nous l’accueillerons avec plaisir. Quand elle sera prête.

 

Il faudra encore quelques semaines à cet atelier pour véritablement prendre son envol. Les femmes qui ont participé jusqu’à maintenant ont toujours semblé très heureuses de l’avoir fait : Tiphaine et moi avons été témoins de grands moments de fierté et d’émotions. Plus les semaines passent, plus les femmes nous reconnaissent, nous saluent, savent pourquoi nous sommes là. Nous ne pouvons qu’espérer qu’avec le temps, petit à petit, la relation entre elles et nous se solidifient et qu’elles soient de plus en plus nombreuses à noircir nos pages blanches de leur poésie, de leur lumière et de leur cœur qui danse.