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" C’est la vie d’être Innu, notre vie pour être Innu, la vie d’un voyage "

Crédit photo : © Jani Greffe Bélanger @Exeko
Texte de : Brunon Gagnon

Pour la troisième année, le programme Trickster propose des ateliers de théâtre et de cirque dans la belle communauté innue de Mingan.

‘’ Je me réveille un beau matin sous la tente de mes ancêtres. Je vois un loup et mon cœur bat plus vite que le vent. ’’

En arrivant à Mingan sur la Côte-nord, la Maison de la Culture Innue nous accueille, pleine de promesses et de trésors culturels à partager. C’est autour d’un thé avec Rita Mestokosho que nous discutons du concept de transmission des savoirs. Elle-même écrivaine et poète reconnu, elle nous propose de stimuler la créativité des jeunes de la communauté sous forme d’un atelier d’écriture.

Rita nous présente alors Manon Nolin, une autre force tranquille de la communauté qui va publier un livre au mois de mai. C’est elle qui nous a guidés dans l’écriture lors d’un atelier riche en idées et qui a inspiré les jeunes à inventer une histoire propre à eux. Quelques extraits :
 

‘’ Je suis allée à Nutshimit dans le bois, Nunushum est venu, il m’a enseigné ce que les Innus faisaient avant. ’’

 

‘’ Un pas de mocassin, sur la route du Teuikan, me chante les traces de mon grand-père. Petit fruit, petite baie, suis la route du boréal. Du Caribou, qui s’élance sur le lichen. ’’

 

‘’ C’est la vie d’être Innu, notre vie pour être Innu, la vie d’un voyage. ’’

 

‘’ À contre-courant, la mission est claire, l’eau est claire, et le poisson est habile. La force de l’eau nous transforme, et l’eau glisse sur ma peau. Mais parfois, pour un instant, je me laisse porter, et je vais là où la rivière me mène. Dans le sens du courant, parfois on va plus loin. ’’

 

‘’ Je suis né sur le territoire de mes ancêtres, à la recherche des traces de mes ancêtres. Je voudrais être vieux, et avoir voyagé avec eux. ’’
 

À l’heure où on parle des problèmes rencontrés par les Premières-Nations presque quotidiennement dans les médias, il est important de dire qu’il y a aussi beaucoup de gens inspirants et forts dans les communautés. Ils ont une vie au quotidien, un humour fou et des langues vivantes. Leurs initiatives, leurs connaissances et leur fierté pour leur milieu montre le chemin pour l’avenir.
 

Le programme Trickster est soutenu par
le Ministère de la Culture et des Communications du Québec
et la Fondation Québec Jeunes.

Comme quoi le n’importe quoi peut parfois être libérateur...

Crédit photo: © Joëlle Sarrailh et Annick Davignon

 

[...]celui qui a écrit en plein centre: je veux vivre ma vie au maximum ! Je ne pourrais pas expliquer pourquoi cette phrase écrite m’a spécialement touchée, mais elle était là, entouré de colle or brillante ! - Annick Davignon

 

Bourses Art, philo et communautés: Improvisation Libre, les premiers pas d'un projet.

 

Entretien avec Annick Davignon et Joëlle Sarrailh, étudiantes à l’Université Laval en philosophie pour enfant et à l’Université de Montréal en théâtre, récipiendaires de la bourse CSQ en Art, philo et communautés, suite à leur premier atelier à l'école secondaire d'Anjou.

 

Improvisation libre, le titre mais aussi le fil conducteur d'une série de présences au sein d'un groupe de jeunes de 12 à 20 ans avec troubles du spectre autistique TSA dans le cadre de leur projet qui leur a mérité l’une des premières Bourses Art, philo et communautés.

Improvisation libre, c’est un premier contact positif, chaleureux pour les boursières et pour les jeunes. Un espace d’ouverture sur tous le fronts; professeurs, élèves et intervenants et boursières, tous et toutes y ont pris plaisir. Les boursières, après avoir expliqué le déroulement des ateliers, ont plongé directement dans un premier jeu de découverte de soi et de l’autre. Les jeux ont été accueillis avec beaucoup d’enthousiasme d’autant plus qu’ils sortaient définitivement du cadre scolaire traditionnel. Pour la deuxième heure d’atelier, on enchaîne avec une activité créative autour de l’identité et comment savoir si l’on connaît bien l’autre. Suivi d’un collage individuel pour que chacun puisse se présenter à travers celui-ci :

 

“ Nous avons terminé avec une présentation des différents dessins, ils ont presque tous présenté devant le reste du groupe. Tous les participants écoutaient attentivement ce que leurs collègues avaient à dire. [...] Un des constats est qu’il a fallu vraiment encourager les jeunes à faire ressortir leur unicité, ils avaient tendance à suivre soit le modèle donné soit ce que les autres jeunes proposaient. Dans les jeux d’improvisation, nous avons vu qu’ils étaient justement fiers quand ils proposaient quelque chose de différent des autres ”

 

Le bilan de fin d’atelier a mis en lumière beaucoup de fierté chez les jeunes, des moments fort et des moments drôles. Contents d’avoir tout essayé au moins une fois, s’encourageant les uns et les autres, et heureux d’avoir vécu quelque chose de différent, les jeunes sont perspicaces et il en ressort des informations précieuses pour les boursières:

 

    “ Un jeune a dit à un certain moment “ C’est du grand n’importe quoi ”, mais tout en continuant l’activité et en y prenant plein de plaisir. Comme quoi le n’importe quoi peut parfois être libérateur…”

 

Un bilan motivant pour ce premier atelier, les boursières retiennent la réceptivité des participants, étant la différence au sein du groupe, jamais elles ne se sont senties à part, exclues, ou jugées. Le respect, l’authenticité, la participation et surtout l’accueil chaleureux des membres du projet teintent cette première expérience.

 

Un beau lien se tisse déjà avec plusieurs participants et cette complicité ne pourra que grandir. Reste à suivre cette belle aventure !


© Joëlle Sarrailh et Annick Davignon

Improvisation Libre est un projet dans le cadre des Bourses Art, philo et communautés, le premier cycle de bourses Exeko pour projets sociaux innovant en partenariat avec la CSQ, l'Esplanade, le pôle IDEOS du HEC Montréal et Rise Kombucha.

Suivez les boursières sur notre blogue et sur les réseaux sociaux, #BoursesExeko #ImproLibre

 

Camp de Leadership des Premières-Nations

Crédit photo : @TofuLapierre

[Les prénoms des personnes citées ont été modifiés]

Par Alessia De Salis

Dans une pile de fiches, de noms, de photos nous devons choisir notre équipe. Le hasard joue le rôle principal dans cette étape. Jenny est une des 6 qui composent mon équipe. 

Credits : @TofuLapierre

À l’aéroport, nous attendons notre groupe de la Côte-Nord, puis de Kenesataké et de Listigouche. Les autres, on les rencontrera au camp. Notre premier groupe arrive. Rapidement, on découvre Rachel, qui retire aussitôt ses bottes pour aller à la découverte du lieu. Puis, dans un moment de fantaisie offert par Simon qui imite avec talent le velociraptor, Rachel s’approprie rapidement la maitrise de cet art. Elle part à la rencontre des passants en incarnant l’animal et son cri absurde. Nous sommes pliés en deux et impressionnés par cette absurdité brute. Puis, la gang de la Côte-Nord arrive. Geneviève, une jeune fille que j’avais rencontrée à Nutashkuan, quelques semaine plus tôt, m’enveloppe d’un câlin si puissant qu’il me fait remonter les larmes aux yeux. Finalement, le reste de nos jeunes arrivent. C’est un départ pour le camp ! 3 heures plus tard et des énigmes, des discussions, des jeux de dessins pour passer le temps. Enfin, nous y sommes ! Rapidement, on joue, on mange, on joue encore…  C’est là que je rencontre pour la première fois Jenny. 

- Pourquoi tu veux pas jouer ?

- Je participe pas moué, je suis un TUG.

- HAhAHAHA. Ça tombe bien, moi aussi.

Jenny fait partie de mon équipe : les vampire-castors. Nom brillamment proposé par Jean-Simon. Jenny est celle qui ne participe jamais, c’est ce qu’elle me précise à répétition. Elle ne veut surtout pas se faire surprendre à sourire. Mais c’est plus fort qu’elle. Ses joues craquent malgré elle. Elle se reprend aussitôt, avec un regard qui tue. Clairement, ça fait longtemps qu’elle pratique son look de tueuse.

Credits : @TofuLapierre

Tous les matins, nous passons de chambre en chambre pour réveiller les jeunes. Tous les matins au réveil, Jenny m’offre un doux sourire. Quand je la complimente sur son sourire, elle m’offre un doigt d’honneur avec ce dernier. Les jours passent, les matins s’accumulent, les sourires se décoincent et lentement les fuck you deviennent facultatifs. Ce qui est fascinant avec Jenny c’est sa douceur. Malgré son tugness, il est impossible de ne pas être attendri par la tite TUG du Lac Simon. Sur l’heure du lunch les jeunes de mon équipe commencent à jouer à brin de jasette. Un petit pot dans lequel tu piges une question pour la poser aux amis à table. Patrick pige la question du jour : de quelle mauvaise habitude voudrais-tu te débarrasser ?  Rendu au tour de Jenny de répondre, elle répond sèchement.

- Non, man. Je joue pas moé ! Avec son fameux regard de tueuse.

Après le repas, nous nous dirigeons vers la salle de musique. Jenny me prend par le bras et nous marchons, bras dessus, bras dessous. Elle me demande qu’elle était la question car elle ne l’avait pas compris. 

- De quelle mauvaise habitude voudrais-tu te débarrasser ?

- Ça veut dire quoi hen ?

- Qu’est-ce que tu fais des fois que tu aimerais moins faire ? Un comportement… Une attitude…

- J’aimerais ça moins niaiser tsé. Plus participer comme. Mais ici je participe déjà plus qu’à l’école. Mes profs me croiraient pas de tout ce qu’on fait comme. D’habitude je bouge pas tsé, je fais rien. 

- Pourquoi tu penses que tu participes pas ?

- Parce que man ! Je sais pas…? Trop gênée….

- Ben en tout cas moi je trouve que tu fais vraiment bien ça. Surtout quand tu souris. Je suis vraiment heureuse que tu sois dans mon équipe.

Elle me lance son regard de tueuse en me tenant toujours par le bras. Elle sait maintenant que je n’y crois pas depuis longtemps.

C’est l’avant dernier jour du camp. Nous jouons tous ensemble à un grand jeu avec rallye, quizz et mimes !Jenny m’avertie d’avance

- Je fais pas ça moé !

- Ok, c’est  comme tu veux mais j’aimerais vraiment que tu joue avec nous.

Rendue au kiosque des mimes. Jenny pige son papier et mime une banane. Rapidement l’équipe devine et tous les jeunes des castors-vampires lui font un high-five.  Elle mime du fromage, un toast, un poulet. Jenny est en feu !!

Le soir, nous devons présenter un spectacle par groupe. Les vampires-castors vont raconter la légende de comment le castor et la chauve-souris sont tombés en amour. Jenny suggère de jouer le prêtre qui va les marier avec des cherrios au lieu des bagues !  Sa prestation est incroyable. Elle se fait féliciter par tous les jeunes du camp. On entend dans le public : « Jenny est vraiment drôle, elle est vraiment bonne en théâtre »,  Jenny l’entend aussi.

Credits : @TofuLapierre

Dernière journée. Les jeunes du Lac-Simon partent en voiture. Jenny reçoit un câlin de tous les jeunes qui lui rappellent son grand succès théâtral. Je la prends dans mes bras.

Elle me dit : fuck je vais pleurer là.  

- C’est correct, moi aussi. Ca veut dire qu’on a vécu quelque chose de beau et qu’on va s’en rappeler longtemps.

- …

Ses joues craquent,  son regard est celui d’une petite fille émue. Le mien aussi surement. 

 

 

Le programme Trickster est soutenu par
le Ministère de la Culture et des Communications du Québec
et la Fondation Québec Jeunes.

Nutashkuan

Photo de couverture : © Mélanie Lumsden

Par Alessia De Salis

Après 12 heures de char, dont une nuit à Baie Comeau où nous rencontrons un Népalais de Katamandu qui a ouvert un resto-bar, nous arrivons à Sept-Îles. Nutashkuan approche. Un arrêt au WalMart pour me faire dire : « T’es pas exactement courte toi ! » Et pourtant, plus je longe la côte nord plus les femmes sont grandes et fortes. Les femmes innus.

4 heures plus tard, nous arrivons à Nutashkuan, à la dite maison. Le chiwawa de Mme Charlotte et Marie Ida nous accueille en s’étouffant au bout de sa laisse. Personne n’est à la maison, sauf la nièce qui nous invite à rentrer, puis qui quitte aussitôt.

« - Charlotte est à la messe mais vous pouvez rentrer. »

Nous nous retrouvons seules dans cette maison inconnue. Nous choisissons de débarquer tout notre stock. D’abord les 6 caisses de bouffes, mes raquettes pour aller jouer dehors et le matos pour les jeunes. Nos chambres sont au sous sol. Et c’est la que nous nous installons incertaines. Nous trouvons le gros congélo où nous entreposons notre surplus de bouffe. Dedans, patte de caribou, lièvre, saumon, et un castor entier ! 

Mme Charlotte arrive à 7h00 toute suite après la messe. Une petite dame au visage rond plissé qui sourit avec ses yeux. Immédiatement, nous sommes réconfortées. Charlotte sait faire les plus belles mitaines qu’il y a, en deux jours seulement et en chantonnant.

Il fait noir dehors, je verrai Nutashkuan demain. Nous nous lèverons très tôt pour aller à la rencontre des profs et des jeunes qui partent le jour même en tournois de Hockey pour Baie Comeau. La grosse affaire. Tout le monde y va. Presque.  Une petite gang reste a Nutashkuan. Et nous les attraperont au passage ; Facebook, la radio et des rencontres dans les corridors. Mais surtout, le souvenir des années passées qui traine dans les mémoires et rassemble les jeunes pour une nouvelle aventure. Mais avant de se lancer dans le travail un dimanche Cinéma pop corn avec les jeunes. Écrasés dans les gros matelas colorés nous chillons avec les jeunes. D’eux-mêmes, ils vont chercher des jouets de cirque et retrouvent leur habilités sans aucun effort, un sourire plein la face.

ⓒ Ashley Mark
ⓒ Ashley Mark 

Mais la mission spectacle se rapproche… Inspirer les jeunes à jouer à des jeux et essayer de nouveaux trucs, c’est une autre histoire. À chaque accomplissement, un rejet. À chaque moment de bonheur, un retour à la provocation. Le défi est de saisir chaque petit moment d’ouverture pour rebondir ailleurs. On se fait tester. À maintes reprises. ‘’Yo ! c’est Gay’’.  Trouver comment créer un espace de confiance, avec des limites claires mais toute la liberté d’expression possible !!??

Malgré des moments improvisés de semi discipline, les jeunes reviennent chaque jour. 

  • Stratégie patience : on fait comme si on n’entendait pas vraiment les insultes et le chialage ;
     
  • Stratégie entente : On discute ensemble des choses à faire et on se met d’accord avec les jeunes sur le déroulement de l’atelier ;
     
  • Stratégie faux départ : On pack les petits et on se prépare à partir. On les invite à partir aussi sauf si ils sont prêts à travailler avec nous en équipe. (quand ca devient plus rough) ;
     
  • Stratégie change de voix : On se donne le relais pour ne pas toujours avoir la même voix qui résonne dans le gymnase ;
     
  • Stratégie Facebook : On parle avec eux sur Facebook pour les valoriser ;
     
  • Stratégie Calinours : On leur donne plein d’amour et on les transporte sur nos épaules pour les faire virevolter dans l’espace ;
     
  • Stratégie 1, 2, 3 Soleil : On réussi à monter des scènes en intégrant de nouveaux règlements à de bon vieux classique de jeu. Ca marche !! Une pyramide, une scène de chasseurs !! Wow c’est efficace. Nous sommes tous pris au jeu !

J’en passe…

ⓒ Jani Greffe Bélanger
ⓒ Jani Greffe Bélanger

Lentement, la résistance se transforme en sourire, puis en accomplissement. Lentement un spectacle prend forme, mais surtout, on voit les jeunes repartir bras dessus, bras dessous après les ateliers. C’est surement cela le plus touchant… Et leur simple présence. Ils choisissent d’être là. À l’école. Au gymnase. Avec nous. Entre eux. 

Aujourd’hui, c’est la fête à Manion. Elle est venue et a fait tout l’enchainement du spectacle. Même si n’oublions jamais que : ‘’C’est Gay’’. On lui a donné un biscuit géant pour sa fête. Elle l’a partagé avec tout le monde. Sans hésiter. Sans calculer. Sans calculer. Ici, on oublie de compter. On prend quand ça passe... Les sourires cachés faut savoir les voir, les fuck you teintés de peur faut savoir les réconforter. Les « je m’en fous » faut savoir les respirer pour mieux les récupérer… Parce que dans le fond, ils sont là. Juste ça, ça vaut mille fois plus que des petits mots lancés par habitude. On creuse dans ces habitudes avec des pelletés de médiation culturelle et intellectuelle pour trouver caché en dessous de tout, un trésor de potentiel de 1000 carats. Ca brille. Sur scène mardi soir, toute la communauté le verra.

 

Le programme Trickster est soutenu par
le Ministère de la Culture et des Communications du Québec
et la Fondation Québec Jeunes.