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Un été au Square Cabot

Bien des années ont passé depuis que la ville a acheté en 1870 le terrain de l'actuel Square Cabot au Séminaire de Saint-Sulpice, un parc appelé à l’époque Western Square. Le 8 juillet prochain, le square rouvre ses portes deux ans après avoir subi une cure de rafraichissement.

Voilà plus de 20 ans que le Square Cabot est un lieu de rassemblement et de rapprochement pour plusieurs Inuits (proximité du Children Hospital et du Module du Nord Québécois, entre autres). La population en situation d’itinérance y est également élevée, une trentaine de personnes fréquentent les abords du square de façon régulière. Le square incarne une forme de « chez soi ».

Pendant des années, le lieu a connu une hausse du taux de criminalité, causant son délaissement par les usagers. Sa réappropriation sous la forme d’une cohabitation harmonieuse est donc l’un des objectifs principaux de Ville-Marie. Pour son dévoilement, l’arrondissement souhaite offrir une programmation diversifiée, novatrice, accessible à tous. Des cours de swing aux projections de films, en passant par des bibliothèques éphémères, ou une programmation autochtone, l’été s’annonce festif. C’est dans ce cadre que l’Arrondissement de Ville-Marie a confié à nos équipes le mandat de mettre en place trois résidences de création durant 6 semaines.
 

3 artistes, 3 résidences, 3 démarches artistiques

Depuis trois ans, Exeko a su tisser des liens avec les usagers du square grâce aux échanges suscités par sa caravane philosophique et l’atelier idAction qui a lieu toutes les semaines depuis 7 mois au Module du Nord Québécois. C’est donc naturellement qu’Exeko se retrouve acteur des animations d’inclusion sociale prévues cet été pour la réouverture du square. L’objectif est de provoquer un dialogue citoyen où chacun – usager du square, habitant du quartier ou simple passant – aura le droit à la parole via une forme d’expression innovante et inclusive, et la possibilité de se rencontrer et d'imaginer cette cohabitation ensemble.

Ainsi, trois projets de collaboration verront le jour du 13 juillet au 19 août 2015. Ce sont trois démarches artistiques différentes toutes portées par une formation préalable en médiation intellectuelle. Toutes les résidences ont lieu les lundi, mardi et mercredi, de 10h30 à 13h30.
 

1ère résidence : Élise Hardy - De fil en aiguilles
13, 14, 15 et 20, 21, 22 juillet 

« L’objectif du projet est de collecter et de rassembler les traces de tous les passages. Quelque soit le temps passé dans l’espace, la provenance ou la direction, chaque passant pourra laisser la marque de sa présence grâce à sa silhouette (sorte de signature anonyme) déssinée sur un tissu blanc. »
 

2ème résidence : Soufia Bensaïd - Fruits du jour
27, 28, 29 juillet et 3, 4, 5 août

« Un projet afin de mettre en lumière ce qui anime ou enthousiasme le quotidien. Articulé par des listes « j’aime / j’aime pas » puisées dans un matériel biographique, le défi est de pointer l’éclat de l’ordinaire. Ateliers d’écriture sur des tissus, papiers, panneaux, Fruits du jour se veut un espace de rencontre et d’échange sur ce qu’on apprécie et ce qui nous met au défi dans le quotidien.»
 

3ème résidence : Nicolas Rivard - Liaisons improbables
10, 11, 12 août et 17, 18, 19 août 

« Cela consiste en une installation interactive qui a pour but d’échanger sur l’amérindianité, l’inclusion et la diversité citoyenne dans un contexte d’hétérogénéité sociale. L’installation est une boîte à l’échelle humaine, sur laquelle est disposée une porte. Tout l’extérieur est noir permettant ainsi sa transformation créative au fil des échanges grâce à un collage collectif influencé de l’image que l’on a de nous-même à l’intérieur. Les participants seront ainsi invités à tracer le trajet émotif de leur provenance (physique, culturelle, familiale, quotidienne...) jusqu’au square. »


Nous vous attendons nombreux cet été!
 

Les résidences artistiques de l'été dernier, un rendez-vous créatif entre les citoyens de Montréal


Crédits photos : Exeko, Flickr/Jereremiahandrews (photo en tête)

Tandem Créatif et la trace qui reste

En 2014-2015, Tandem Créatif, notre projet de médiation culturelle pour la reconnaissance des artistes stigmatisés comme ayant une déficience intellectuelle, célébrait sa 4ème édition. Cet espace d’échanges créatifs, provocateur de rencontres improbables, a rassemblé pendant 9 mois 4 duos d'artistes professionnels et émergents. L'exposition finale s'est déroulée du 30 mai au 7 juin au centre d'artistes autogéré article.

Marven Clerveau, en duo avec Danielle Domon, est un passionné de mode, le croquis affûté et l'inspiration sans limite. Pendant 8 jours, Il présentait "La Robe" qui trônait au milieu du centre d'artiste autogéré, maculée de visages représentants la diversité et les inspirantes différences de l'homme.

Lucila Guerrero est une artiste, auteure et photographe avertie et engagée pour la diversité et la neurodiversité comme elle aime le dire. Elle a collaboré avec Daniel Jodoin pour cette édition de Tandem Créatif dont elle dit qu'elle « admire sa simplicité dans la création, fidèle à sa perception, à son intérieur ».

Tous deux nous livre, en quelques mots, leurs impressions sur les 9 mois de co-création aux côtés de leurs acolytes...


 

— Marven Clerveau

« Tandem créatif m'a donné un rêve que je voulais réaliser depuis longtemps. C'etait une expérience inoubliable et je suis fier d'avoir accompli une oeuvre collective avec Danielle Domon et de l'exposer à la galerie. Je souhaite continuer Tandem Créatif. Ma mère, ma famille et mes entourages sont fiers de moi! »
 

     

La Robe et Marven Clerveau, co-créée en duo avec Danielle Domon (c) Exeko
 

Marven Clerveau était également l'invité de l'émission « Catherine et Laurent » sur CIBL, le 2 juin 2015. L'artiste émergent, accompagné de la médiatrice-coordinatrice de Tandem Créatif Claude Chapleau-Champagne, nous raconte plus en détails son expérience de création et ses aspirations futures, notamnment devenir créateur de mode.
 

 

 

— Lucila Guerrero, « Tandem Créatif et la trace qui reste »

« Donnez des crayons à Daniel. Ou des pinceaux et la peinture (les conventionnels ou les numériques). Il va créer. Simplement, fidèle à sa perception, à son intérieur. C'est la qualité de lui que j'ai admirée le plus dans cette merveilleuse expérience d'échange artistique.

Autistes les deux, nous avons nos particularités individuelles mais probablement un esprit semblable, j'ai trouvé très facile de travailler avec lui depuis le premier jour.

Pas besoin de trop de mots quand on crée. On crée le lien humain et l’œuvre en même temps. Des mouvements, une danse, une photo, la musique, même séquence, l'ordinateur, Daniel à son tour, Lucila ensuite. Le rituel a nourri le lien.
 

Lucila Guerrero & Daniel Jodoin, un duo complice et créatif (c) Lucila Guerrero
 

Dans notre dernière rencontre nous avons parlé de notre expérience en mots :

Par rapport à l'expérience de création :
Daniel : Génial, Défi
Lucila : Apprendre

Daniel pour décrire Lucila : F (la lettre)
Lucila pour décrire Daniel : Découverte

Daniel pour décrire le travail : Familiarité
Lucila pour décrire le travail : Inspiration

Daniel pour Lucila : N (la lettre), Dessin
Lucila pour Daniel : Authentique

 

Ma gratitude toujours pour Exeko, l'organisme initiateur du projet Tandem Créatif, qui m'a permis de participer. Un projet qui devrait encore continuer. Il s'agit du jumelage d'un artiste professionnel et un artiste émergent, ce dernier ayant été déclaré avec une variation intellectuelle. Nous avons été quatre équipes avec le soutien de médiateurs enthousiastes et respectueux de notre démarche.

L'exposition continue jusqu’au 7 juin à articule. Je remercie aussi l'accueil des merveilleux artistes dans leur local. Le détails dans l'organisation du vernissage et les gens qui sont venus nous encourager. Surtout merci Daniel Jodoin!

La trace reste dans le cœur. »

(Témoignage publié à l'origine sur le blogue de Lucila Guerrero)

 

 

En savoir plus sur Tandem Créatif 4 :

- l'entrevue radio sur CKUT dans l'émission « Art Scene & Heard » : avec le duo d'artistes Danielle Matte - Bismark Villacrés et la médiatrice Claude Chapleau-Champagne

les photos de l'exposition finale sur Flickr


Les masques de Danielle Matte & Bismark Villacrés (c) Exeko


La sculpture de Guillaume Lapierre & Simon Talbott (c) Exeko

 

idAction à l'Accueil Bonneau : regard d'un bénévole enthousiaste

Par Clément Willer

Clément Willer est bénévole à Exeko. Le mercredi 27 mai 2015, il a participé à l'atelier idAction hebdomadaire de l'Accueil Bonneau, qui portait cette semaine sur le thème de l'invention. Il était accompagné des médiateurs Daniel Blémur et Maxime Goulet-Langlois.


L'ouverture d'un espace de débat d'idées est une chose essentielle, et pourtant peu fréquente. En participant à l'atelier idAction à l'Accueil Bonneau ce matin, j'ai compris que dans la pratique cela n'était pas si facile et demandait un certain art. Il ne suffit pas d'apporter simplement un thème ou une question : il faut trouver un ancrage commun, à partir duquel on pourra creuser certaines pistes, ouvrir le débat.

C'est ce que Daniel et Maxime ont fait en projetant quelques extraits de films, dont celui sur un inventeur d'instruments de musique hétéroclites, ce qui a permis aux participants de réfléchir sur un même exemple. Alors que l'atelier avait commencé avec seulement deux ou trois participants, peu à peu une dynamique commune donnait son orientation à la discussion et les participants qui la rejoignaient pouvaient suivre le même fil directeur naissant.

C'est ce que j'ai trouvé de très intéressant dans cette expérience : au bout d'un certain temps, on pouvait assister à de véritables échanges, différents points de vue tendant vers les mêmes interrogations. Bien sûr, comme probablement dans toute discussion, ces moments de partage n'étaient pas constants. Mais ils n'en étaient pas moins réjouissants, accompagnés parfois de ces remarques pertinentes qui parlent à tous :

« La plus belle œuvre dans la société, c'est nous mêmes. »

« Inventer, c'est casser l'ennui. »

« Chaque humain est un peu créateur. »

« L'invention, c'est la vie. »


(c) Mikaël Theimer

Par grand temps de chasse au spectacle


Il n’y aucun projet Trickster qui se ressemble et pourtant… À chaque fois, on s’y fait prendre. On pense « trickster » les jeunes et on se prend à leur rythme. On s’accroche les pieds dans le printemps de Mingan, dans les outardes qui survolent, dans le crabe qui débarque à midi et 16h00, dans le capelan qui va s’échouer sur la plage d’une journée à l’autre… On attend la marée qui les fera arriver et la nuit qui faudra passer réveillé à les ramasser. On pourra en manger 2 poêlons bien plein pour un total d’une bonne vingtaine… c’est la norme… TOUT LE MONDE s‘entend pour ça… Ça arrive une fois dans l’année!
 


Pour un rien, la raison qui nous amène ici devient savoureusement floue et teintée des jeunes de la communauté qui imposeront, sans le vouloir, un rythme, une manière de faire, un humour, une musique, une discipline, des rires, l’angoisse de voir le jour du spectacle arriver et les outardes qui doivent être ramenées à la maison plus que les balles rattrapées pour savoir jongler.
 


 

Le long weekend nous rappelle que le soleil goûte meilleur que l’air du gymnase et qu’il fait bon en profiter plutôt que de faire des acrobaties. Durant la semaine, le jour, un calme plane dans les corridors de l’école. Une concentration palpable crie pour ne pas être brisée. On attend, comme pour la chasse… On attend, le bon meilleur moment pour accueillir les jeunes dans les ateliers. À chaque fois, la patience amène ses moments de grande magie. Il n’y a aucun projet Trickster qui se ressemble et pourtant…
 


 

Et pourtant, on ressent toujours le vertige de danser à une vitesse qui ne nous est pas habituelle, nous rappelant que Montréal est bruyant, efficace, rapide, insaisissable, euphorique… On y court après l’été alors que le printemps est à peine entamé… Quand le soleil se couche, on ne le voit pas longtemps partir derrière les buildings. Ici, sur la Côte-Nord, non seulement on le voit descendre lentement, mais c’est surtout à cette heure qu’il est possible de jongler, faire des acrobaties, du théâtre, des ombres chinoises et des jeux de confiance. À ce moment, les travaux scolaires sont finis, les outardes se font probablement plumées à la maison et le crabe cuit à la marmite. Il y a une parenthèse dans la journée, une suspension durant laquelle de deux à douze jeunes viennent découvrir les arts vivants du cirque, du théâtre, de la danse et du jeu.
 


 

La Côte-Nord nous sourit pour une deuxième fois cette année. Il y a deux mois, nous étions à Nutashkuan. C’est avec joie qu’on retrouve la communauté de Mingan rencontrée pour la première fois l’an passé. Comme si on ne s’était jamais quitté et pourtant…

Et pourtant, c’est comme si nous apprenions à nous connaître et c’est ce qui fait que c’est magique… Un renouveau à chaque fois, une chance de recommencer à zéro et de construire d’une toute nouvelle manière un grand, ensembles… Dans cette ambiance, toutes les possibilités se déploient en éventail. Bien que ça étourdisse et fasse chanceler les repères, nous ne pouvons une fois de plus que remercier Mingan pour son accueil, pour tout ce qu’elle nous partage, pour Hélène Nolin Mollen et ses histoires de chasse, pour les jeunes qui ont les plus grands sourires, pour le personnel enseignant qui est enthousiaste de notre présence entre les murs de l’école Teueikan, pour la direction qui encore une fois met tout en place pour que les jeunes puissent profiter de l’expérience pleinement et surtout pour tous les gens rencontrés dans la communauté.
 


 

Nous marchons doucement vers un spectacle, sans faire de bruit, à pas feutrés pour ne pas le faire fuir. Pour qu’il prenne son envol juste à temps, en un joli moment d’accomplissement et de rayonnement devant la communauté, mais pour cela, il faut patience et légèreté, mais surtout beaucoup de plaisir!
 


 

Alessia, Cyril et Jani, à la chasse au spectacle.

Crédits photos : Exeko